Grâce à la générosité des laboratoires Roche et Fresenius, la Fondation du Rein a créé un prix de la Journée Mondiale du Rein doté de la somme de 20.000 €. Ce prix est destiné à récompenser de jeunes chercheurs travaillant dans le domaine des maladies rénales. Cette année, il a été partagé entre Olivier Thaunat (Lyon) et Sophie Saunier (Paris). Les prix ont été remis aux deux lauréats par le vice-président de la Fondation, le Professeur Maurice Laville, le 12 septembre 2007 au cours de la réunion de la Société de Néphrologie qui s’est tenue à Lyon.
Nous leur avons demandé de résumer en quelques lignes le thème de leurs travaux. Vous pourrez constater que dans les deux cas, il s’agit d’études fondamentales à implications cliniques (traitement du rejet chronique du greffon rénal et mécanisme de la fibrose et de la formation des kystes dans une maladie héréditaire, la néphronophtise) dont on peut espérer que les malades tireront bénéfice dans un avenir proche.

En transplantation, la reconnaissance, par le système immunitaire du receveur, des antigènes du donneur (notamment les molécules HLA), aboutit à la mise en place d’une réponse immunitaire détruisant le greffon (rejet).
Les traitements immunosuppresseurs actuels préviennent efficacement les phénomènes les plus aigus, mais ne parviennent pas à bloquer totalement la réponse immunitaire du receveur, aboutissant à une dégradation progressive de la fonction du greffon connue sous le nom de « rejet chronique ».
Les mécanismes responsables du développement des lésions de rejet chronique sont imparfaitement connus, mais de nombreux travaux ont souligné le rôle crucial joué par les anticorps.
Nos travaux ont montré que les greffons rejetés de façon chronique sont infiltrés par des effecteurs immunitaires du receveur. Au cours du temps, la composition et la microarchitecture de l’infiltrat inflammatoire évoluent et ce dernier acquiert les caractéristiques d’un ganglion lymphatique (processus de « néogenèse lymphoïde »). Nous avons pu montrer que ces structures lymphoïdes ectopiques sont fonctionnelles et synthétisent des anticorps dirigés contre les molécules HLA du donneur.
Ceci implique qu’au cours du rejet chronique, le greffon est non seulement la cible des anticorps fabriqués par le système immunitaire du receveur, mais aussi un des sites où ces anticorps sont fabriqués. Le blocage du processus de néogenèse lymphoïde pourrait donc constituer une nouvelle cible thérapeutique dans la prévention du rejet chronique, qui reste à l’heure actuelle la première cause de perte tardive des greffons.
Remise du Prix au Journées de la Société de Néphrologie-Société Francophone de Dialyse

La néphronophtise est une maladie héréditaire rénale sévère de l’enfant qui évolue vers l’insuffisance rénale terminale, le plus souvent avant l’âge de 15 ans. Elle est transmise selon le mode récessif autosomique et est liée à une dysfonction des cellules des tubes rénaux associée au développement progressif d’une fibrose interstitielle et de kystes. L’atteinte rénale peut s’accompagner dans 15% des cas d’une atteinte oculaire et/ou neurologique. Huit gènes à l’origine de la maladie, NPHP1-8, ont été identifiés, et 3 d’entre eux par notre équipe.
Ces gènes codent pour des protéines appelées néphrocystines, capables de s’associer entre elles et à d’autres protéines régulant l’adhésion cellulaire. Elles sont également exprimées dans les structures particulières de la cellule que sont le centrosome et le cil primaire.
Le dernier gène que nous avons identifié, RPGRIP1L (NPHP8) est muté non seulement chez des patients présentant une néphronophtise, mais également chez des fœtus ayant un syndrome de Meckel, syndrome entraînant la mort au cours de la vie fœtale et caractérisé par des malformations du système nerveux central associées à une dysplasie kystique rénale majeure. Ces observations illustrent la grande variabilité de l’expression phénotypique des mutations de ce nouveau gène. Il code pour la protéine RPGRIP1L qui est localisée avec les néphrocystines. Nous avons montré que certaines des mutations identifiées chez les patients diminuent l’interaction de la protéine RPGRIP1L avec la néphrocystine-4, suggérant qu’un défaut d’association contribuerait à l’apparition de la maladie.
Afin de définir le rôle joué par les néphrocystines dans le fonctionnement des reins, nous avons étudié le comportement de cellules tubulaires rénales dont l’expression des néphrocystines a été réduite. Ces cellules présentent un défaut de migration et une organisation architecture anormale dans des cultures en trois dimensions, indiquant que les néphrocystines jouent un rôle dans le maintien de l’intégrité de l’épithélium tubulaire rénal. Nous avons par ailleurs montré que les souris invalidées pour le gène Nphp4 développent des kystes rénaux après avoir subi une ablation subtotale du rein, ce que ne font pas les souris témoins.
La poursuite de nos travaux devrait nous permettre de mieux comprendre le rôle des néphrocystines dans la cellule rénale et d’élucider les mécanismes aboutissant aux lésions observées chez les patients telles que la fibrose interstitielle rénale, la formation des kystes et l’évolution inexorable vers l’insuffisance rénale.
Remise du Prix au Journées de la Société de Néphrologie-Société Francophone de Dialyse
Un des premiers objectifs de la Fondation du Rein était le financement de la recherche. Elle a commencé à le réaliser dès l’année 2004 : le conseil scientifique de la Fondation du Rein, présidé par le Pr. Pierre Ronco, a lancé un appel d’offre pour des programmes de recherche multi-équipes, associant au moins deux pays francophones affiliés à la Fondation du Rein.
Un projet de recherche sur le syndrome néphrotique idiopathique, conduit par deux équipes françaises et une équipe suisse, a été retenu et a reçu une allocation de 60 000 euros. Le syndrome néphrotique a été choisi dans un premier temps, car c’est une maladie très invalidante chez l’enfant, exposant aux complications des traitements corticoïdes à forte dose.
De plus, quatre allocations de niveau post-doctoral destinées à des chercheurs travaillant sur le syndrome néphrotique ont pu être financées par un don de M. Serge Dassault. D’autres sociétés ont également contribué aux financements de ces actions.
Cette première subvention de la Fondation du rein a été remise au cours de la 6ème Réunion Commune de la Société de Néphrologie et de la Société Francophone de Dialyse (SFD) à Marseille le 29 septembre 2004.
(Avenir INSERM U581 - Créteil)
Créé sous le double parrainage de la Société de Néphrologie et de la Fondation du Rein, le Prix de l'AMSN est attribué à un(e) candidat(e) dont les travaux sur Syndrome Néphrotique Idiopathique ou Primitif ont été reconnus et publiés, ou acceptés pour publication, en 2006–2007 dans un journal scientifique international.
Fondation du Rein 2005-2008 - Q. Meulders