TEMOIGNAGES

Anne-Sophie Nivière

Lissier aux Gobelins et greffée à l’Hôpital Necker, Paris

 

Lorsque mon amie, le docteur Brigitte Lantz, m’a invitée à participer à ce colloque, j’étais à Florence. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon dernier voyage en Italie, il y a un peu plus d’un an. J’étais en dialyse à Venise. Il y avait Moustafa, le vieux chat, qui attendait chaque « client » dans l’espoir d’une part de leur encas hospitalier.

 

Je ne peux donc, encore une fois, que remercier le donneur, cet inconnu qui m’a redonné la liberté, la force et l’indépendance. Tout comme j’ai remercié ma sœur, à qui je ne redirai jamais assez ma gratitude pour son don d’il y a quinze ans. Mais la vie du rein est parfois plus courte et plus fragile qu’on ne le voudrait …

 

Après huit ans d’attente, je ne peux que ressentir le sentiment de l’avoir mérité. J’ai la trentaine maintenant, la stabilité sans plus aucune revanche sur la maladie, sans le temps à vouloir rattraper.

 

J’ai tout mon temps, quoiqu’en dise ma famille. De toute manière, on a la vie que l’on a et l’on doit faire le deuil de celle qu’on aurait dû avoir sans la maladie.

 

En faite, lorsque l’on donne la vie, on donne aussi la mort. Ce cycle qui parfois se vit comme une rupture est en réalité une continuité. C’est l’autre côté du miroir. La greffe de rein serait quelque chose de « banale », mais qui sort de la banalité parce que l’on manque d’organe, et parce que le don est unique. Ce manque de greffons serait acceptable à partir du moment où la mort, avec les conditions du don, ne ferait plus partie de la vie. Mais ce n’est pas le cas ; il est donc triste de voir ainsi la vie s’échapper inexorablement sans redonner une vie.

 

 

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