Claude
71 ans, Lille
Je tiens à vous exposer les raisons de ma motivation à continuer une activité malgré le régime d'hémodialyse auquel je suis soumis.
Je suis dans ma soixante-douzième année et je suis dialysé depuis 12 ans. J'exerce la profession d'avocat depuis 1951. En 1990, ne pouvant plus travailler à plein temps, j'ai pris ma retraite et suis donc devenu honoraire.
Depuis lors, j'ai toujours continué à revenir au cabinet pour y travailler bénévolement, comme auparavant, c'est-à-dire faire du droit, gérer des dossiers et aider mes jeunes confrères. Le cabinet comporte 25 jeunes avocats.
Je ne puis concevoir d'arrêter cette activité. M'estimant toujours apte à l'exercer, j'aurais, en cas d'arrêt, la sensation de devenir un être inutile dont les connaissances deviendraient sans intérêt. Cette perspective m'est intolérable.
Au cabinet, je suis toujours dans une ambiance de travail, qui me fait oublier mon âge et ma dialyse. Je suis en contact permanent avec des confrères plus jeunes, qui font appel à mon expérience, avec lesquels je déjeune à midi et qui n'hésitent pas à me rabrouer lorsque j'évoque ma maladie, me disant qu'il y a des situations pires que la mienne.
Je ne saurais quitter cet univers et rester constamment enfermé chez moi, à broyer du noir. Je dois vous préciser que je vis seul et que j'ai une mauvaise vue, puisque j'ai perdu la vision de l'oeil gauche en 1978 et que ma vision de l'oeil droit est réduite à 2/10e en raison d'une cataracte. Mon mode de vie surexposé ne constitue donc peut-être pas un critère valable pour les autres dialysés qui n'ont pas ces mêmes inconvénients.
Je tenais, par cette missive, à vous exposer ma façon de vivre.
Fondation du Rein 2005-2011 - Q. Meulders