Hommage au Professeur Michel Broyer (1933-2020)

Nous avons la grande tristesse de vous annoncer le dĂ©cĂšs du Professeur Michel Broyer le 10 mars 2020 Ă  l’ñge de 86 ans des suites d’une infection par le COVID19.

ElĂšve du Professeur Pierre Royer auquel il a succĂ©dĂ© comme chef de service de NĂ©phrologie PĂ©diatrique Ă  l’HĂŽpital Necker – Enfants-Malades de 1978 Ă  1999, le Professeur Michel Broyer a Ă©tĂ© le premier dans les annĂ©es 60 à dĂ©velopper et adapter Ă  l’enfant les techniques de dialyse, en particulier l’hĂ©modialyse. C’était une pĂ©riode hĂ©roĂŻque oĂč l’abord vasculaire se faisait par un shunt artĂ©rio-veineux externe et les sĂ©ances duraient plus de 8 heures. Au dĂ©but des annĂ©es 70, le Pr Michel Broyer a instaurĂ© la transplantation rĂ©nale pĂ©diatrique en France et permis ainsi aux enfants atteints d’insuffisance rĂ©nale terminale de survivre et de retrouver une vie presque normale. Depuis, plus de 1300 transplantations rĂ©nales ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es Ă  l’hĂŽpital Necker.

Le Pr Michel Broyer a Ă©tudiĂ© tous les domaines de la nĂ©phrologie pĂ©diatrique, ce dont tĂ©moigne sa liste de plus de 400 publications. Le Pr Michel Broyer et le Dr RenĂ©e Habib sont internationalement reconnus pour avoir dĂ©crit de nouvelles entitĂ©s parmi les maladies rĂ©nales de l’enfant. DĂšs 1975, ils organisaient un sĂ©minaire annuel de NĂ©phrologie PĂ©diatrique auxquels participaient de nombreux pĂ©diatres et nĂ©phrologues. Michel Broyer a initiĂ© le “Club de NĂ©phrologie PĂ©diatrique” dont il dĂ©finissait ainsi le rĂŽle : « La rĂ©union annuelle du Club a Ă©tĂ© et demeure pour les plus jeunes une instance d’apprentissage Ă  la communication, Ă©tape prĂ©alable et logique Ă  la participation aux rĂ©unions internationales. La dimension rĂ©duite du Club a aussi permis de conserver ce sentiment que les membres peuvent avoir d’appartenir Ă  une mĂȘme famille oĂč tous se connaissent et sont susceptibles de s’entraider. GrĂące au Club, des Ă©tudes coopĂ©ratives ont pu ĂȘtre menĂ©es Ă  bien. Avec le temps, la qualitĂ© scientifique des rĂ©unions continue Ă  s’amĂ©liorer, tandis que leur tonalitĂ© reste trĂšs conviviale. » En 2000, le Club a pris le nom de SociĂ©tĂ© de NĂ©phrologie PĂ©diatrique. La convivialitĂ© entre nĂ©phrologues pĂ©diatres perdure avec l’initiative du Pr Michel Broyer d’une rĂ©union culturelle de trois jours des anciens aprĂšs l’arrĂȘt de leurs activitĂ©s professionnelles. C’est lui qui avait organisĂ© cette rĂ©union Ă  Lorient en 2015.

Avec le Pr Pierre Royer et le Dr Renée Habib, le Pr Michel Broyer a fait que la Néphrologie Pédiatrique Française soit à la pointe et internationalement reconnue.

Le Pr Michel Broyer a eu de nombreux Ă©lĂšves en France et Ă  l’étranger.  Beaucoup d’entre eux sont devenus des leaders dans leur pays. Tous gardent de Michel Broyer l’image d’un patron bienveillant dont ils admiraient les connaissances mĂ©dicales, la rigueur scientifique et la gĂ©nĂ©rositĂ© pour les enfants, leurs familles et ses collĂšgues.

Michel Broyer a eu un rĂŽle majeur dans le dĂ©veloppement du registre de l’European Dialysis Transplantation Association et dans l’association “France Transplant”. Il a Ă©tĂ© Ă©diteur de la revue “Pediatric Nephrology”. Il a prĂ©sidĂ© pendant plusieurs annĂ©es le ComitĂ© d’Ethique de l’hĂŽpital Necker-Enfants Malades.

Michel Broyer Ă©tait au sens noble du terme un “honnĂȘte homme”.

Nous nous associons Ă  la peine de son Ă©pouse, Rosy, de ses trois enfants et de ses petits-enfants.

 

Pr Patrick Niaudet et Pr RĂ©mi Salomon

Hommage à François Tajan (1962-2020)

PersonnalitĂ© reconnue du monde des ventes aux enchĂšres, le commissaire­-priseur au grand cƓur, François Tajan, Ă©tait un fidĂšle de la Fondation du Rein dont il a accompagnĂ© chacun de ses galas. Lors de ses ventes aux enchĂšres, c’était lui qui tenait toujours le marteau avec enthousiasme et talent. Il choisissait aussi avec soin les Ɠuvres offertes par la librairie d’Art d’Arcurial pour chacune de ses tombolas. Il s’est Ă©teint brutalement Ă  l’ñge de 57 ans le 26 fĂ©vrier 2020 d’une intoxication par de mauvais champignons. Avec un humanisme rare, il a contribuĂ© au succĂšs de la maison Artcurial, dont le groupe Dassault est actionnaire majoritaire.

TrĂšs Ă©mu, HervĂ© Poulain, prĂ©sident d’honneur de la maison de ventes aux enchĂšres du Rond-Point des Champs-ÉlysĂ©es, son mentor et complice chez Artcurial lui a ainsi rendu hommage devant ses Ă©quipes en larmes : « L’honneur d’un chef d’entreprise rĂ©side dans l’exemplaritĂ© et la transmission, il incarnait ces deux valeurs. L’émotion suscitĂ©e par sa disparition est ici Ă  la hauteur de son immense humanitĂ©. La porte de son bureau Ă©tait toujours ouverte et quand j’y rentrais, il se levait pour me serrer dans ses bras. Artcurial lui a permis de s’accomplir. Nous pouvons tous tĂ©moigner qu’il y Ă©tait trĂšs heureux. »

NĂ© le 27 juin 1962 Ă  Évreux (Eure), il devient rĂ©gisseur dans le cinĂ©ma en 1986, commissaire-priseur associĂ© chez Tajan en 1998, co-prĂ©sident chez Artcurial en 2005, et PrĂ©sident dĂ©lĂ©guĂ© d’Artcurial en 2015. MariĂ© et pĂšre de trois enfants, comme le racontent si bien les journalistes du Figaro BĂ©atrice de Rochebouet et ValĂ©rie Sasportas, François Tajan ne voulait surtout pas ĂȘtre un fils de … et se retrouver dans l’ombre de Jacques Tajan, personnalitĂ© Ă©crasante, figure militante du marchĂ© de l’art. François rĂȘvait de faire du cinĂ©ma. AprĂšs des Ă©tudes de droit, il devint ainsi stagiaire rĂ©gie pour le film HĂŽtel de France de Patrice ChĂ©reau. Son aventure dans le septiĂšme art dura plus de quatre ans. À l’ñge de 28 ans, François Tajan avait fini par embrasser la carriĂšre familiale en s’associant Ă  son pĂšre. Il prend son envol en 2004, et rejoint Artcurial, sur la proposition de Nicolas Orlowski, son PDG. « J’ai pris le meilleur Ă©lĂ©ment de chez Tajan, je l’ai exfiltrĂ©, en gardant son nom apposĂ© Ă  la marque Artcurial ! » Une dĂ©cision pas si Ă©vidente Ă  assumer alors que le nom de son pĂšre s’affiche non loin de Drouot. Tellement convaincu par cet homme si Ă©lĂ©gant et gĂ©nĂ©reux, Nicolas Orlowski le nommera prĂ©sident dĂ©lĂ©guĂ©. « Nous avons eu une relation de binĂŽme simple, saine, transparente, trĂšs rare dans ce monde aux ego surdimensionnĂ©s du marchĂ© de l’art ». Les mĂȘmes mots reviennent Ă  tous les Ă©tages de la maison Artcurial : “bienveillance”, â€œĂ©lĂ©gance”, “dĂ©licatesse”, “gentillesse”, “courage”, â€œĂ©nergie”.

Le conseil d’administration de la Fondation du Rein prĂ©sente ses condolĂ©ances les plus attristĂ©es à son Ă©pouse VĂ©ronique, Ă  ses trois enfants, ainsi qu’à ses collaborateurs d’Artcurial. Les obsĂšques de François Tajan auront lieu Ă  la Basilique Sainte-Clothilde Ă  Paris le mardi 3 mars 2020 Ă  15 heures.

 

Dr Brigitte Lantz, Secrétaire générale de la Fondation du Rein

Hommage au Pr Jean-Daniel Sraer (1937-2019)

Jean-Daniel Sraer naquit en 1937 dans une famille juive ashkĂ©naze et resta toute sa vie profondĂ©ment attachĂ© au JudaĂŻsme et Ă  IsraĂ«l. La victoire allemande de 1940 amena sa famille Ă  s’installer Ă  Alger. Revenu en France Ă  la libĂ©ration, il dĂ©cida comme sa sƓur, de s’inscrire Ă  la FacultĂ© de mĂ©decine Ă  la fin de ses Ă©tudes au lycĂ©e. Reçu Ă  l’internat et aprĂšs un service militaire en AlgĂ©rie, il commença sa vie de mĂ©decin dans les hĂŽpitaux parisiens.

C’est Gabriel Richet qui le fit devenir nĂ©phrologue et lui fit comprendre qu’il n’était pas de carriĂšre universitaire sans mener de pair soins aux malades et recherche au laboratoire. Il fut un des Ă©lĂšves prĂ©fĂ©rĂ©s de Gabriel Richet auquel le liait un profond attachement parce que tous deux partageaient des traits communs de caractĂšre : franchise et libertĂ© dans les propos, goĂ»t pour l’enseignement au lit du malade, nĂ©cessitĂ© d’un service de nĂ©phrologie pluridisciplinaire en relation Ă©troite avec une unitĂ© INSERM incluant anatomopathologistes, physiologistes et chercheurs statutaires et universitaires, dĂ©sir d’aider au mieux leurs Ă©lĂšves dans leur vie professionnelle.

Il passa Ă  Tenon toute sa carriĂšre comme chef de clinique, assistant, professeur de nĂ©phrologie, puis chef de service de nĂ©phrologie Ă  la retraite de Gabriel Richet auquel il succĂ©da. Son service recevait essentiellement deux types de patients, ceux atteints d’insuffisance rĂ©nale aiguĂ« et ceux arrivĂ©s au stade d’insuffisance rĂ©nale chronique avancĂ©e traitĂ©s par transplantation rĂ©nale. Jean-Daniel Sraer acquit la rĂ©putation d’un expert dans ces domaines.

Parmi toutes les Ă©tudes cliniques qu’il publia, on peut citer celles sur le syndrome urĂ©mique et hĂ©molytique de l’adulte et toutes celles sur la physiologie, l’histologie et les infections virales du greffon ainsi que les diverses modalitĂ©s de traitement immunosuppresseur. Son activitĂ© de recherche occupait une part importante de son temps. Il la poursuivait dans l’UnitĂ© de nĂ©phrologie que dirigĂšrent successivement Gabriel Richet, Raymond Ardaillou et Pierre Ronco. Il se prĂ©occupait toujours de mettre au point de nouvelles techniques, d’imaginer des voies de recherche originale et de stimuler l’équipe qu’il dirigeait afin d’essayer de prouver le bien-fondĂ© de ses hypothĂšses.

Avec Raymond Ardaillou, il fut le pionnier des Ă©tudes physiologiques in vitro des glomĂ©rules isolĂ©s et des cellules glomĂ©rulaires mĂ©sangiales et Ă©pithĂ©liales en culture prouvant que la physiologie du glomĂ©rule Ă©tait plus complexe qu’on le pensait alors, cette petite touffe de capillaires Ă©tant la cible d’hormones rĂ©gulant son activitĂ© et la source de mĂ©diateurs chimiques agissant in situ. Ces recherches ont eu une profonde influence sur l’utilisation des inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine chez les malades insuffisants rĂ©naux. Il Ă©tudia aussi les processus de formation des thrombi dans les capillaires glomĂ©rulaires Ă©troitement liĂ©e au systĂšme fibrinolytique dont les Ă©lĂ©ments essentiels sont les activateurs du plasminogĂšne et leurs inhibiteurs. Son dernier travail fut la dĂ©couverte d’un rĂ©cepteur de la rĂ©nine et l’analyse des fonctions de cette protĂ©ine. Il cherchait toujours Ă  impliquer ses internes dans des travaux de laboratoire pour leur donner le goĂ»t de la recherche.

Son Ă©pouse, JosĂ©e Sraer, MCU-PH de physiologie travaillait aussi au laboratoire dans l’équipe dirigĂ©e par Raymond Ardaillou et participa avec eux deux Ă  ces recherches. Il forma de nombreux nĂ©phrologues dont Eric Rondeau, Marie-NoĂ«lle PĂ©raldi et Alain Kanfer qui furent ses assistants. Son service et son laboratoire accueillirent des Ă©tudiants et des chercheurs Ă©trangers qui lui restĂšrent toujours reconnaissants de son accueil et de son enseignement.

Il souhaita, Ă  sa retraite, conserver une activitĂ© mĂ©dicale, ce que lui permit son Ă©lection Ă  l’AcadĂ©mie. Tous ses confrĂšres Ă©taient admiratifs de la pertinence des questions qu’il posait aprĂšs l’écoute de rapports ou de prĂ©sentations par des invitĂ©s.

Nous nous sommes rencontrĂ©s Ă  l’HĂŽpital Tenon, il y a cinquante et quarante ans, et nous n’avons quittĂ© cet hĂŽpital, ni l’un ni l’autre, jusqu’à notre retraite. Nous avons pu apprĂ©cier ainsi sa fidĂšle amitiĂ©, l’imagination crĂ©atrice dont il faisait preuve dans ses recherches, l’humanitĂ© de ses contacts avec ses patients et le dĂ©sir qu’il avait de les traiter au mieux de ses possibilitĂ©s, le courage dans les Ă©preuves, et plus que tout sa gĂ©nĂ©rositĂ©. Jean-Daniel avait une trĂšs profonde affection et admiration pour sa famille, et c’est tout particuliĂšrement Ă  elle que nous pensons en ces jours.

Pr Raymond Ardaillou et Pr Pierre Ronco, de l’AcadĂ©mie nationale de mĂ©decine

Hommage au Pr François Berthoux (1942-2019)

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le dĂ©cĂšs de notre collĂšgue et ami, le Professeur François Berthoux, le 6 fĂ©vrier 2019.

 

François Berthoux a Ă©tĂ© l’un des pionniers de la nĂ©phrologie et a fondĂ© l’Ecole de NĂ©phrologie Ă  Saint-Etienne.

Ces travaux, notamment, autour de la nĂ©phropathie Ă  dĂ©pĂŽts mĂ©sangiaux d’IgA ont permis de mieux comprendre la physiopathologie de cette maladie et son traitement. Il a, Ă  titre personnel, Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  la maladie qu’il a combattu avec un grand courage. Nos pensĂ©es vont bien sĂ»r Ă  son Ă©pouse et Ă  sa famille, mais aussi aux collĂšgues de Saint-Etienne qui ont travaillĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s pendant de nombreuses annĂ©es.

 

Pr Gabriel Choukroun

Hommage Ă  Monsieur Serge Dassault (1925-2018)

La disparition de Serge Dassault le 28 mai 2018 est tout d’abord une grande perte pour sa famille, son Ă©pouse Nicole, ses quatre enfants, Olivier, Laurent, Thierry et Marie-HĂ©lĂšne, et ses nombreux petits-enfants, Ă  qui le conseil d’administration de la Fondation du Rein transmet toutes ses pensĂ©es attristĂ©es les plus chaleureuses, mais elle l’est aussi pour son groupe industriel, et aussi pour la France.

Conscient que l’entreprise est un acteur Ă  part entiĂšre de la sociĂ©tĂ© civile et qu’à ce titre elle a une vĂ©ritable responsabilitĂ© sociale, le Groupe Dassault mĂšne depuis de nombreuses annĂ©es une politique de mĂ©cĂ©nat. Serge Dassault ajoutait mĂȘme : “S’engager dans le mĂ©cĂ©nat et aider la recherche n’est pas un devoir, c’est un choix : celui de la raison, certes, mais surtout celui du cƓur.” Ainsi, en dehors de ses fonctions de capitaine de l’industrie française et de parlementaire, Serge Dassault cherchait Ă  aider Ă  chaque fois qu’il le pouvait et soutenait de belles causes comme celle de la Fondation du Rein et bien d’autres, toujours avec gĂ©nĂ©rositĂ© et discrĂ©tion. Il Ă©tait un visionnaire et un modĂšle pour beaucoup.

Nous n’oublierons jamais sa prĂ©sence Ă  nos cĂŽtĂ©s et son soutien sans faille pour la Fondation du Rein, dont son fils Thierry Dassault est notre vice-prĂ©sident. Nous associons Ă  cet hommage son Ă©pouse Nicole, qui n’a eu de cesse, elle-aussi, de nous aider. Elle nous a quittĂ©s en 2019.

 

Dr Brigitte Lantz, Secrétaire générale de la Fondation du Rein

Hommage au Pr Michel Olmer (1934-2017)

Le 22 juin 2017, le professeur Michel Olmer nous a quittĂ©s dans sa quatre-vingt-troisiĂšme annĂ©e, au terme d’une Ă©prouvante maladie qu’il a affrontĂ©e avec courage et dignitĂ©. Michel Olmer fait partie des pionniers et des piliers de la nĂ©phrologie, qui ont fortement contribuĂ© au dĂ©veloppement et au rayonnement de la discipline tant en France qu’à l’étranger. AprĂšs de brillantes Ă©tudes mĂ©dicales Ă  Marseille, il a rapidement gravi tous les Ă©chelons de la carriĂšre hospitalo-universitaire, successivement externe (1954), interne (1958), puis chef de clinique (1960) des hĂŽpitaux de Marseille. Michel Olmer fut admis au concours de professeur des universitĂ©s-praticien hospitalier en 1970 et dirigea ïŹnalement le service de nĂ©phrologie du CHU de Marseille de 1973 Ă  2000.

Michel Olmer Ă©tait passionnĂ© par la clinique et les soins aux patients. Il Ă©tait un mĂ©decin humaniste par formation et dans l’ñme. La recherche clinique l’avait sĂ©duit. Il avait des thĂšmes de prĂ©dilection tels l’hypertension, la maladie lithiasique, les maladies cardiovasculaires urĂ©miques, les dĂ©sordres mĂ©taboliques et osseux de l’insufïŹsance rĂ©nale, mais Ă©galement les complications mĂ©taboliques au sens le plus large de l’urĂ©mie chronique. De façon plus rĂ©cente, il s’était fortement impliquĂ© dans l’éducation thĂ©rapeutique des patients, notamment en dĂ©veloppant des ouvrages extrĂȘmement didactiques dont le plus fameux restera Vivre avec une maladie des reins.

Dans le contexte historique et pionnier des annĂ©es 1970, Michel Olmer avait rapidement identiïŹĂ© le besoin et l’intĂ©rĂȘt de dĂ©velopper la dialyse comme supplĂ©ance de l’insufïŹsance rĂ©nale chronique ultime. À cet effet, il crĂ©a le service de nĂ©phrologie Ă  l’hĂŽpital de La Conception, Ă  Marseille, qui devint rapidement le centre de rĂ©fĂ©rence du Sud-Est. À partir de ce dernier, il essaima de nombreuses unitĂ©s satellite de dialyse dans le cadre de son association pour le traitement des urĂ©miques en Provence-Corse.Michel Olmer avait Ă  cƓur de former et de s’entourer de collaborateurs talentueux dont le plus cĂ©lĂšbre est le professeur Yvon Berland. Il avait Ă©tabli un lien particulier avec les pays du Maghreb (Maroc, Tunisie et AlgĂ©rie), dont il contribua Ă  former une bonne partie de ses Ă©lites. Au cours de sa carriĂšre, Michel Olmer a Ă©galement su tisser des liens professionnels et d’amitiĂ©s dans le milieu nĂ©phrologique, lui permettant d’établir un vaste rĂ©seau national et international. Cette volontĂ© permanente d’aller de l’avant et son sens de l’organisation lui permirent de rĂ©aliser de nombreuses rĂ©unions scientiïŹques et pĂ©dagogiques dont la qualitĂ© n’avait d’égal que la convivialitĂ© dans laquelle elles se dĂ©roulaient.

Michel Olmer Ă©tait ïŹdĂšle en amitiĂ©, gĂ©nĂ©reux par nature, fougueux et impulsif par tempĂ©rament. Il restera pour beaucoup d’entre nous l’ami qui a su nous faire dĂ©couvrir les vraies valeurs de la vie et nous initier Ă  la lĂ©gendaire amitiĂ© marseillaise. Certainement, Michel va nous manquer, mais il restera dans nos cƓurs, son esprit nous inspirera et son exemplaritĂ© dans l’action continuera de nous animer dans le combat pour la vie contre les maladies rĂ©nales.

À son Ă©pouse, ses ïŹlles, ses gendres et petits-enfants, nous exprimons nos plus sincĂšres condolĂ©ances et les assurons de notre trĂšs profonde amitiĂ© dans ces moments particuliĂšrement difïŹciles.

Pr Bernard Canaud

Hommage au Pr Jean-Paul Fillastre (1934-2018)

Le professeur Jean-Paul Fillastre nous a quittĂ©s le 19 septembre 2018 Ă  l’ñge de 84 ans.

Jean-Paul Fillastre est nĂ© au Havre en 1934 dans une famille de marins. Son grand-pĂšre Ă©tait capitaine d’un “terre-neuvas” et son pĂšre “pilote du Havre”. Pendant les vacances scolaires suivant l’annĂ©e du baccalaurĂ©at, il s’embarque comme “pilotin” sur un bananier reliant Le Havre Ă  la Guadeloupe. L’expĂ©rience ne dĂ»t pas ĂȘtre concluante puisqu’à son retour, il s’inscrit Ă  l’École de MĂ©decine de Rouen. Les patrons rouennais l’incitent Ă  passer le concours de l’Externat de Paris. Il devient Externe puis Interne des HĂŽpitaux de Paris. Jean-Paul Fillastre s’oriente alors vers la gastro-entĂ©rologie, part aux Etats-Unis et s’initie Ă  l’électromanomĂ©trie digestive au John Hopkins Hospital de Baltimore. Au cours de son internat, Jean-Paul Fillastre souhaite complĂ©ter sa formation dans un domaine dont la comprĂ©hension est rĂ©cente et qui est frĂ©quemment rencontrĂ© en gastro-entĂ©rologie : les troubles hydro-Ă©lectrolytiques. Le sixiĂšme semestre d’internat se passe donc dans le service du Professeur Gabriel Richet, alors secondĂ© de deux assistants : Raymond Ardaillou et Claude Amiel. Au contact de tels maĂźtres, passionnĂ©s par la recherche, Jean-Paul Fillastre est vite sĂ©duit par cette nouvelle discipline. Son orientation dĂ©finitive devient la NĂ©phrologie. Il rĂ©alise un stage de MĂ©daille d’Or dans le service du Professeur Jean Hamburger, puis son clinicat Ă  l’hĂŽpital Tenon dans le service du Professeur Richet.

AppelĂ© Ă  exercer des fonctions hospitalo-universitaires, Jean-Paul Fillastre choisit alors de venir crĂ©er un service de NĂ©phrologie Ă  Rouen. Il prend ses fonctions en septembre 1970. A cette date, il n’y a pas de centre de dialyse en Normandie. Son premier objectif est donc de crĂ©er une unitĂ© d’hĂ©modialyse puis de contribuer Ă  l’ouverture d’autres centres dans la rĂ©gion. Par la suite, il n’aura de cesse d’obtenir un rĂ©Ă©quilibrage de la “carte sanitaire” afin d’offrir en Haute-Normandie des possibilitĂ©s de dialyse Ă©quivalentes Ă  celles des autres rĂ©gions.

DĂšs son arrivĂ©e Ă  Rouen, Jean-Paul Fillastre souhaite rajouter Ă  l’activitĂ© nĂ©phrologique classique une orientation plus spĂ©cifique : il crĂ©e avec ses collĂšgues cardiologue et endocrinologue une consultation multidisciplinaire d’Hypertension ArtĂ©rielle. Jean-Paul Fillastre continuera Ă  s’intĂ©resser de prĂšs Ă  cette pathologie pendant toute sa carriĂšre. Il deviendra en 1996 Vice-PrĂ©sident de la SociĂ©tĂ© d’Hypertension ArtĂ©rielle.

En 1970, l’Ecole de MĂ©decine de Rouen est devenue FacultĂ© mais c’est une toute jeune facultĂ©. Les activitĂ©s de recherche sont encore trĂšs limitĂ©es. Raymond Ardaillou a transmis Ă  Jean-Paul Fillastre le virus de la Recherche. TrĂšs vite, il se rapproche de ses collĂšgues de la FacultĂ© des Sciences et crĂ©e un Groupe de Recherche de Physiopathologie tissulaire. La thĂ©matique est originale : la nĂ©phrotoxicitĂ© des antibiotiques et notamment celle des aminosides. Il obtiendra dans ce domaine une rĂ©putation internationale et organisera Ă  Rouen deux congrĂšs internationaux sur ce thĂšme. Il obtient dĂ©but 86 la crĂ©ation de l’UnitĂ© INSERM U 295 “Physiopathologie et gĂ©nĂ©tique rĂ©nale et pulmonaire”. L’intĂ©rĂȘt de l’équipe s’élargira ensuite Ă  la toxicitĂ© rĂ©nale des mĂ©dicaments anticancĂ©reux et au dĂ©veloppement de mĂ©thodes alternatives Ă  l’expĂ©rimentation animale.

Jean-Paul Fillastre Ă©tait aussi un enseignant passionnĂ©. Les Ă©tudiants apprĂ©ciaient la clartĂ© et le dynamisme de ses cours magistraux. Il Ă©tait trĂšs proche des Ă©tudiants et insistait pour participer lui-mĂȘme aux enseignements par petits groupes. Jean-Paul Fillastre aimait animer des enseignements post-universitaires, notamment sur l’hypertension artĂ©rielle. A l’affĂ»t de toute nouveautĂ©, Jean-Paul Fillastre se passionne pour les innovations pĂ©dagogiques. Il participe activement Ă  la mise en place de l’enseignement par petits groupes (APP) Ă  la facultĂ© de mĂ©decine de Rouen. En tant que PrĂ©sident de la Commission PĂ©dagogique de la facultĂ©, il accomplit un Ă©norme travail de rĂ©vision des programmes d’enseignement. Il devient Ă  la fin de son activitĂ© un farouche partisan de la Lecture Critique d’Article. Jean-Paul Fillastre a su transmettre Ă  ses collaborateurs, universitaires ou non, cette passion de l’enseignement. Le service de nĂ©phrologie Ă©tait reconnu pour la qualitĂ© de la formation qui y Ă©tait dispensĂ©e, attirant ainsi les Ă©tudiants hospitaliers, les internes d’autres spĂ©cialitĂ©s, suscitant de nombreuses vocations de nĂ©phrologues et formant de nombreux Ă©lĂšves. Jean-Paul Fillastre a participĂ© Ă  de nombreux enseignements Ă  l’étranger mais c’est avec ses collĂšgues tunisiens (professeurs Hassouna Ben Ayed et HĂ©di Ben Maiz) qu’il tissera les liens les plus solides. Des conventions existent entre les hĂŽpitaux Charles Nicolle de Tunis et de Rouen et pendant de longues annĂ©es, le service de nĂ©phrologie a eu le bonheur d’accueillir de nombreux internes tunisiens dont la compĂ©tence faisait Ă  chaque fois l’admiration de tous. Beaucoup d’entre eux ont fait, par la suite, une brillante carriĂšre en France ou en Tunisie.

Il serait trop long d’évoquer toutes les fonctions administratives qu’a assurĂ© Jean-Paul Fillastre au plan rĂ©gional ou national, aussi bien dans le domaine hospitalier qu’universitaire. Mais on doit rappeler ici le rĂŽle essentiel qu’il joua en tant que PrĂ©sident de la SociĂ©tĂ© de NĂ©phrologie. Nous sommes au milieu des annĂ©es 80. Les rĂ©unions de la SociĂ©tĂ© sont principalement faites de communications libres, sur des thĂšmes le plus souvent fondamentaux. Jean-Paul Fillastre devient PrĂ©sident en 1986. Il souhaite une ouverture de la SociĂ©tĂ© vers l’ensemble des nĂ©phrologues. Il propose de nouveaux statuts, un remaniement du Conseil d’Administration, la crĂ©ation de Commissions et d’allocations de recherche et surtout une nouvelle organisation des rĂ©unions annuelles avec confĂ©rences, ateliers, sĂ©ances de communications libres et de mises au point. Tout ne se fait pas sans quelques rĂ©ticences mais la premiĂšre rĂ©union Ă  lieu Ă  La CitĂ© des Sciences de la Villette en octobre 1989 et c’est un grand succĂšs. La SociĂ©tĂ© lui rendra hommage en 2002 en lui remettant, en mĂȘme temps qu’à H. Ben Ayed, la premiĂšre mĂ©daille Jean Hamburger.

Jean-Paul Fillastre possĂ©dait un enthousiasme communicatif et un charisme simple et naturel. Il Ă©tait douĂ© d’une formidable efficacitĂ© dans le travail ce qui lui a permis de mener de front les nombreuses activitĂ©s Ă©voquĂ©es plus haut et de trouver encore du temps pour se consacrer Ă  son activitĂ© sportive prĂ©fĂ©rĂ©e : le golf. Seule la neige, heureusement rare en Normandie, pouvait le priver de son parcours de golf hebdomadaire.

Jean-Paul Fillastre Ă©tait surtout un homme d’une trĂšs grande gĂ©nĂ©rositĂ©. Il Ă©tait toujours prĂȘt Ă  aller voir un patient ou Ă  recevoir une famille inquiĂšte. Il savait ĂȘtre Ă  l’écoute des plus jeunes pour conseiller l’orientation d’une carriĂšre. Il Ă©tait attentif aux soucis des uns et des autres, du personnel de son service comme des membres de l’équipe mĂ©dicale ou de l’équipe de recherche. Nombreux sont ses amis, ses collĂšgues qui se souviennent d’avoir reçu sa visite ou un petit mot Ă©crit de sa belle Ă©criture Ă  l’occasion d’un Ă©vĂ©nement heureux ou au contraire d’un souci personnel ou familial.

Comme l’ont montrĂ© les innombrables messages adressĂ©s aprĂšs son dĂ©cĂšs, tous ses amis, ses collĂšgues, ses Ă©lĂšves de France et de Tunisie auraient aimĂ© se rĂ©unir pour lui rendre un dernier hommage. Jean-Paul Fillastre Ă©tait un homme simple, il avait Ă©mis le souhait que ses obsĂšques aient lieu dans la plus stricte intimitĂ© familiale.

La communautĂ© nĂ©phrologique le remercie vivement pour toute la contribution qu’il a apportĂ©e au dĂ©veloppement et au rayonnement de sa discipline.

Pr Michel Godin

Hommage au Pr Nguyen-Khoa Man (1932-2017)

Le Conseil d’administration de la Fondation du Rein a la tristesse de vous faire part de la disparition brutale du Professeur Nguyen-Khoa Man le 1er janvier 2017 dans sa 85Ăšme annĂ©e. C’est un grand nom de la nĂ©phrologie française et internationale qui disparaĂźt avec lui.

NĂ© en 1932, le Professeur Nguyen-Khoa Man est issu d’une grande famille de Huáșż, d’une dynastie qui a façonnĂ© le Vietnam. DĂšs l’ñge de sept ans, il passe ses cinq premiĂšres annĂ©es d’études Ă  l’internat du CollĂšge de la Providence dirigĂ© par les PĂšres des Missions ÉtrangĂšres de Paris, oĂč il acquiert une mĂ©thode de travail et une rigueur de raisonnement, qu’il associera toute sa vie Ă  la tolĂ©rance et Ă  l’humanisme.

Il dĂ©cide d’entreprendre des Ă©tudes de mĂ©decine Ă  Paris en 1950 et Ă©pouse une jeune puĂ©ricultrice française, Yvette. RentrĂ© Ă  Huáșż en 1960 pour exercer sa profession Ă  l’HĂŽpital Central de la CitĂ© impĂ©riale oĂč il devient MĂ©decin-Chef du service de MĂ©decine, alors que dĂ©bute la guerre du Vietnam. Il choisit la nĂ©phrologie, cette toute jeune spĂ©cialitĂ© particuliĂšrement innovante pour l’époque, ce qui correspond Ă  son esprit inventif et crĂ©atif. En 1963, il devient chargĂ© de cours de Physiologie et de MĂ©decine Ă  la FacultĂ© de MĂ©decine de Huáșż, nouvellement crĂ©Ă©e en partenariat avec la FacultĂ© de MĂ©decine de Fribourg-en-Brisgau en Allemagne. En 1965, il bĂ©nĂ©ficie d’une bourse qui lui permet d’intĂ©grer l’équipe de mĂ©decine interne et de nĂ©phrologie du Pr J. Schirmeister Ă  la Clinique Universitaire de Fribourg, oĂč il s’initie Ă  la recherche mĂ©dicale et son application clinique. À la suite des Ă©vĂ©nements tragiques du TĂȘt MĂąu ThĂąn en janvier 1968, oĂč les professeurs allemands de la FacultĂ© de MĂ©decine de HuĂȘ sont assassinĂ©s, le gouvernement vietnamien rappelle les enseignants boursiers pour les remplacer. Par sĂ©curitĂ©, NK Man dĂ©cide d’emmener sa famille en France ; il obtient un poste de mĂ©decin vacataire Ă  l’HĂŽpital Necker dans le service de nĂ©phrologie du Pr Jean Hamburger le 1er juillet 1968, oĂč il participe avec le Pr Gabriel Richet aux travaux du premier rein artificiel français et Ă  ceux de la premiĂšre membrane de dialyse Ă  haute permĂ©abilitĂ© au monde. Ces avancĂ©es technologiques permettent dĂšs 1972 de raccourcir la durĂ©e des sĂ©ances de dialyse, Ă  quatre heures trois fois par semaine. Il devient Directeur du Laboratoire de Recherche sur le Rein Artificiel Ă  l’HĂŽpital Necker en 1969.

Puis, il intĂšgre la Commission Nationale de Transplantation et de Dialyse au MinistĂšre de la SantĂ©, devient PrĂ©sident de la sous-commission d’Homologation “Épuration extra‑rĂ©nale et HĂ©maphĂ©rĂšse” en 1983 et PrĂ©sident de la sous-commission “L’eau et l’infection dans les Centres de Dialyse” en 1986. Il participe ainsi jusqu’à 2004 aux diffĂ©rents travaux ministĂ©riels concernant la rĂ©glementation des structures de dialyse en France, de l’eau de dialyse, et des dispositifs mĂ©dicaux utilisĂ©s en dialyse, notamment pour la biocompatibilitĂ© des membranes.

En 1973, il est nommĂ©, par dĂ©cret prĂ©sidentiel, Professeur associĂ© des UniversitĂ©s en nĂ©phrologie par Georges Pompidou. Puis, il est nommĂ© en 1977 Directeur de recherche Ă  l’INSERM oĂč il effectuera le reste de sa carriĂšre. Fervent dĂ©fenseur de la dialyse quotidienne, il est Ă  l’origine de la prise de conscience de ses bienfaits par les pouvoirs publics, et de son application clinique ces derniĂšres annĂ©es.

Le Professeur Nguyen-Khoa Man a vouĂ© pendant toute sa vie une profonde reconnaissance Ă  ses maĂźtres, les professeurs Jean Hamburger, Jean Crosnier et Jean-Louis Funck-Brentano, et Ă  ses amis les professeurs Paul Jungers et Jean-Pierre GrĂŒnfeld. Il gardait une grande admiration pour la MĂ©decine française et la France qui l’avait accueilli.

La Société Francophone de Dialyse lui a attribué en 2012 la Médaille Belding H. Scribner.

Il laisse le souvenir d’un grand visionnaire, pionnier de la nĂ©phrologie française et de la dialyse, et d’un homme trĂšs attachant, empreint de sagesse orientale et d’humanisme.

Ses cinq enfants ont tous effectuĂ© des Ă©tudes scientifiques, Marc, chirurgien orthopĂ©diste, Phuong mĂ©decin endocrinologue, Thao biologiste Ă  Necker, Sophie, experte internationale en “Gestion de l’eau » et Julie, business manager en matĂ©riel biomĂ©dical.

Le Conseil d’administration de la Fondation du Rein s’associe à leur douleur et Ă  celle de son Ă©pouse, Yvette.

Dr Brigitte Lantz

Hommage au Pr Jules Traeger (1920-2016)

La Fondation du Rein a le regret de vous faire part du dĂ©cĂšs du Professeur Jules Traeger survenu le 25 mai 2016 dans sa 97Ăšme annĂ©e. C’est un grand nom de la nĂ©phrologie française et internationale qui disparaĂźt avec lui.

La communautĂ© nĂ©phrologique honore la mĂ©moire de cet homme qui fut un des leaders mondiaux de la lutte contre les maladies rĂ©nales. Professeur de MĂ©decine Ă  l’UniversitĂ© Claude Bernard en 1967, chef de service de NĂ©phrologie de 1965 Ă  1986 Ă  l’hĂŽpital de l’Antiquaille puis Ă  l’hĂŽpital Edouard Herriot Ă  Lyon, directeur de l’unitĂ© INSERM U80 de 1968 Ă  1984, il fut PrĂ©sident de la SociĂ©tĂ© de NĂ©phrologie, de la SociĂ©tĂ© Française de Transplantation, de la SociĂ©tĂ© EuropĂ©enne de Dialyse et Transplantation, et contribua en 1960 Ă  la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© Internationale de NĂ©phrologie. Le Professeur Jules Traeger Ă©tait Professeur Emeritus de NĂ©phrologie, Membre correspondant de l’AcadĂ©mie nationale de MĂ©decine, Docteur honoris causa de nombreuses universitĂ©s dans le monde entier. Il avait reçu en dĂ©cembre 2003 les insignes de Commandeur de la LĂ©gion d’Honneur.

Son Ɠuvre est immense, dans tous les domaines de la nĂ©phrologie : pionnier de l’hĂ©modialyse chronique puis de la transplantation rĂ©nale en France dans les annĂ©es 60, de la recherche sur les traitements anti-rejet avec le sĂ©rum anti-lymphocytaire en 1963, de la dialyse Ă  domicile avec la fondation de l’Association pour l’Utilisation du Rein Artificiel Ă  Lyon (AURAL) en 1974, de la transplantation multi-organes, il fut un promoteur infatigable des innovations thĂ©rapeutiques avec ces derniĂšres annĂ©es une contribution essentielle au dĂ©veloppement de l’hĂ©modialyse quotidienne.

Il Ă©tait un homme curieux, exigeant, attachant et fidĂšle. Ses innombrables collaborateurs et Ă©lĂšves gardent un souvenir Ă©mu de cette brillante intelligence qui vient de s’éteindre.

Pr Maurice Laville

Hommage au Pr Gilbert Lagrue (1922-2016)

Nous avons la tristesse de vous faire part du dĂ©cĂšs du Professeur Gilbert Lagrue, survenu le 11 novembre 2016 Ă  l’ñge de 93 ans. NommĂ© interne des hĂŽpitaux de Paris en 1950, puis devenu chercheur Ă  l’Institut national d’HygiĂšne, le Professeur Lagrue a Ă©tĂ© nommĂ© Professeur des UniversitĂ©s au premier concours de la rĂ©forme DebrĂ© en 1961.

NĂ©phrologue Ă  l’hĂŽpital Broussais dĂšs 1961, puis chef de service de NĂ©phrologie-Dialyse-Transplantation Ă  l’hĂŽpital Henri-Mondor Ă  CrĂ©teil, il exerce une activitĂ© de recherches clinique et expĂ©rimentale Ă  l’Inserm, comme directeur de l’unitĂ© de recherche “Hypertension artĂ©rielle” de 1966 Ă  1973 et de l’unitĂ© de recherche “NĂ©phropathies expĂ©rimentales et humaines” de 1971 Ă  1984. Professeur des universitĂ©s et Praticien hospitalier, il poursuit l’étude des maladies rĂ©nales et de l’hypertension artĂ©rielle, en se focalisant sur la prĂ©vention du risque vasculaire. C’est ainsi qu’il construit la fonction mĂ©dicale d’aide au sevrage tabagique pendant les vingt-cinq ans qui suivent. Sa capacitĂ© d’écoute des personnes malades s’est exercĂ©e pendant tout ce temps, de la pĂ©diatrie Ă  l’addictologie dont il dĂ©veloppe le versant du tabagisme. La bienveillance, la curiositĂ© intellectuelle et la passion de la recherche ont caractĂ©risĂ© ces annĂ©es de travail permanent.

Ses contributions majeures, marquĂ©es par l’originalitĂ© de la question posĂ©e, le soin du lien crĂ©Ă© entre la caractĂ©risation des malades et le travail expĂ©rimental, sont internationalement reconnues  du Japon aux Etats-Unis. Il a favorisĂ© une recherche allant de la gĂ©nĂ©tique et de la pharmacologie Ă  la psychopathologie et Ă  la santĂ© publique, a structurĂ© l’approche clinique des personnes sĂ©vĂšrement dĂ©pendantes du tabagisme ou dĂ©jĂ  victimes de ses consĂ©quences, en prenant mieux en compte et simultanĂ©ment les multiples facettes psychologiques et pharmacologiques de cette dĂ©pendance.

Quand vint l’heure de son dĂ©part officiel en retraite, Gilbert Lagrue a eu la jeunesse d’esprit, l’enthousiasme et la conscience du service Ă  rendre par la mĂ©decine, en faisant pendant vingt-cinq ans un nouveau mĂ©tier : l’aide au sevrage tabagique. Sa contribution apportĂ©e Ă  la mĂ©decine, reconnue par l’ensemble de la communautĂ© hospitaliĂšre, est remarquable par sa qualitĂ© et par sa durĂ©e exceptionnelle, de 1950, date de sa nomination Ă  l’Internat, Ă  2013, date de la publication de son dernier livre. Il publie ainsi, Ă  l’Ăąge de 91 ans, un ouvrage sur le vieillissement, “Bien vieillir, c’est possible, je l’ai fait”, et prodigue des conseils sur les trois piliers du “bien vieillir” : activitĂ© physique, nutrition et bannissement du tabac.

Le Professeur Gilbert Lagrue a souhaité que les Sociétés de Néphrologie et de Tabacologie réfléchissent ensemble en 2017 sur le futur des malades qui les concernent, et sur les avancées de la recherche exercée dans toute sa capacité de translation entre les disciplines scientifiques, sociales et médicales.

Dr Brigitte Lantz

Hommage Ă  RĂ©gis Volle (1944-2015)

Nous avons la tristesse de vous informer de la disparition de notre ami RĂ©gis Volle, survenue le 16 avril 2015 Ă  l’ñge de 71 ans. Pharmacien et ancien maire de 1989 Ă  2001 de Vernaison, RĂ©gis Volle Ă©tait le PrĂ©sident d’Honneur et le Fondateur de la FĂ©dĂ©ration nationale d’aide aux insuffisants rĂ©naux (FNAIR). C’est l’une des toutes premiĂšres associations de patients, nĂ©e en 1972 Ă  une Ă©poque oĂč les patients avaient peu la parole.

RĂ©gis Volle Ă©tait bien plus que le fondateur de la FNAIR qu’il a prĂ©sidĂ©e pendant 40 ans. Il a Ă©tĂ© Ă  l’origine de la prise de conscience des pouvoirs publics et peut-ĂȘtre du corps mĂ©dical du rĂŽle des patients dans la prise en charge de l’Insuffisance rĂ©nale chronique. Il n’avait peur d’aucun ministre, d’aucun directeur d’hĂŽpital, d’administration centrale ou d’agence de santĂ©, d’aucun professeur de mĂ©decine, et savait manier la diplomatie, mais en restant dĂ©terminĂ© Ă  faire progresser ses idĂ©es. Par son travail, son audace et son acharnement, il a su crĂ©er une dynamique contribuant Ă  rĂ©volutionner la prise en charge des personnes atteintes d’insuffisance rĂ©nale chronique. Ainsi avec la FNAIR, il a multipliĂ© les combats pour amĂ©liorer le sort des malades : installation de centres de dialyses sur tout le territoire, dĂ©veloppement de la dialyse Ă  domicile et de l’autodialyse, prise en charge du forfait accompagnant pour la dialyse pĂ©ritonĂ©ale
 Alors qu’à la fin des annĂ©es 80 est introduite l’Ă©rythropoĂŻĂ©tine (EPO) que les pouvoirs publics veulent rĂ©server Ă  quelques patients dont le choix serait fait par un comitĂ© rĂ©gional d’experts, il dĂ©cide de mener un vĂ©ritable combat pour que ce nouveau traitement de l’anĂ©mie soit pris en charge pour tous ceux qui en ont besoin. En 1999, il insiste sur l’importance de la qualitĂ© de l’eau utilisĂ©e en dialyse, et plus particuliĂšrement pour l’hĂ©modiafiltration et l’hĂ©mofiltration en ligne, ce qui conduira Ă  la rĂ©daction d’un guide de bonnes pratiques sur l’eau de dialyse et d’une circulaire ministĂ©rielle pour en prĂ©ciser la dĂ©finition et la rĂ©glementation. En 2000, il contribue Ă  l’élaboration du premier Plan Greffe 2000.

RĂ©gis Volle avait surtout l’art de fĂ©dĂ©rer les personnes de bonne volontĂ© pour mener Ă  terme ses projets. C’est lui aussi qui a eu l’idĂ©e de crĂ©er International Dialysis Organisation (IDO), afin de faciliter les dĂ©placements des patients dialysĂ©s qu’il voulait voir libres et en mesure de rĂ©aliser leurs rĂȘves de vacances et de voyages, ces mĂȘmes rĂȘves qu’il avait lui-mĂȘme rĂ©alisĂ©s, qui a crĂ©Ă© la JournĂ©e nationale de l’Insuffisance rĂ©nale chronique en 2001, prĂ©curseur de la JournĂ©e Mondiale du Rein Ă  l’Ă©chelon national, afin de sensibiliser les pouvoirs publics et la sociĂ©tĂ© sur l’insuffisance rĂ©nale chronique, qui a conduit Ă  l’Ă©criture du Programme national d’action 2001-2004 Insuffisance RĂ©nale Chronique et des dĂ©crets de 2002 qui organisent aujourd’hui la dialyse en France, fortement inspirĂ©s par le « Livre Blanc de la FNAIR ». C’est encore lui qui a crĂ©Ă© en 2006 la Semaine du Rein, afin de sensibiliser le public sur la prĂ©vention et la dĂ©tection prĂ©coce des maladies rĂ©nales. RĂ©gis fut aussi l’un des fondateurs de la Fondation du Rein en 2002.

Nous admirions son courage, sa dĂ©termination, son dĂ©vouement Ă  la cause des maladies rĂ©nales et des patients, et son sens de l’humour et de l’autodĂ©rision. Il nous nous laisse aussi le souvenir d’un homme qui s’est battu avec acharnement toute sa vie contre la maladie, mĂȘme en se faisant dialyser sur son voilier pour traverser les mers qu’il aimait tant. Cette force faisait l’admiration de tous et lui a permis d’apprendre Ă  ses “collĂšgues-patients” tout simplement Ă  vivre avec leur maladie.

Nous nous souvenons aussi de la flamme qui brillait dans ses yeux quand, entre deux projets, il nous parlait avec admiration de ses enfants, DaphnĂ© et Florian, et avec tendresse de ses petits-enfants Nathan, Thomas et Amelys, en ponctuant parfois la conversation par un : “J’ai la chance de pouvoir compter sur mon Ă©pouse Edith”.

A son Ă©pouse, ses enfants et petits-enfants, et ses proches, la Fondation du Rein adresse ses condolĂ©ances attristĂ©es. Les obsĂšques de RĂ©gis Volle ont eu lieu le 23 avril 2015 en l’Ă©glise de Charly, prĂšs de Lyon.

 

Dr Brigitte Lantz

Hommage au Pr Gabriel Richet (1916-2014)

 

 

A l’occasion du Gala de la Fondation du Rein, dans le cadre de la JournĂ©e Mondiale du Rein, le Professeur Pierre Ronco, vice-prĂ©sident de notre Fondation, a rendu un chaleureux et vibrant hommage au Professeur Gabriel Richet le 26 mars 2015 Salle Gaveau, au nom de la communautĂ© nĂ©phrologique française et internationale.

Un géant de la néphrologie nous a quittés

NĂ© en 1916, le Professeur Gabriel Richet nous a quittĂ©s le 10 octobre 2014. Il reprĂ©sentait la quatriĂšme gĂ©nĂ©ration d’une lignĂ©e illustre de mĂ©decins, tous professeurs Ă  la FacultĂ© de mĂ©decine de Paris, dont son grand pĂšre, le Pr Charles Richet auquel le Prix Nobel fut dĂ©cernĂ© en 1913 pour la dĂ©couverte de l’anaphylaxie. Pionnier de la nĂ©phrologie française, grand rĂ©sistant pendant la seconde guerre mondiale comme plusieurs membres de sa famille, il crĂ©a avec le Pr Jean Hamburger la nĂ©phrologie française, d’abord Ă  l’HĂŽpital Necker, puis Ă  l’HĂŽpital Tenon (AP-HP).

Il fut un membre fondateur de la SociĂ©tĂ© Internationale de NĂ©phrologie, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du premier congrĂšs mondial de nĂ©phrologie à GenĂšve et Evian en 1960, prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© Internationale de NĂ©phrologie de 1981 Ă  1984. Il a participĂ© Ă  la crĂ©ation de la Fondation du Rein tant il voulait dĂ©velopper la recherche sur les maladies rĂ©nales, notamment la recherche translationnelle. Parmi d’autres nombreuses rĂ©compenses et Doctorats Honoris Causa, il fut le laurĂ©at du prestigieux Prix Jean Hamburger de la SociĂ©tĂ© de NĂ©phrologie en 1993. Gabriel Richet est Grand Officier de la LĂ©gion d’Honneur.

Ses obsĂšques religieuses ont eu lieu le 16 octobre 2014 en l’Ă©glise Saint-Sulpice Ă  Paris. Un grand nombre de personnalitĂ©s du monde entier sont venues lui rendre hommage.

Vous pouvez lire la biographie in memoriam du Professeur Gabriel RICHET en cliquant sur le document ci-dessous.

Éloge de Gabriel RICHET (1916-2014)

par le Pr Raymond ARDAILLOU

SecrĂ©taire perpĂ©tuel honoraire de l’AcadĂ©mie nationale de mĂ©decine

Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers confrùres et chùres consƓurs,

Mesdames, Messieurs

“Pour raconter sa vie, il faut avoir vĂ©cu”. C’est ainsi que commence “Les confessions d’un enfant du siĂšcle”. Musset voulait, par-lĂ , opposer les hommes qui avaient eu 20 ans en 1789 et pu vivre les Ă©vĂ©nements de  la RĂ©volution et de l’Empire Ă  ceux qui avaient atteint le mĂȘme Ăąge au dĂ©but de la Restauration, 30 ans plus tard, dont la seule ambition Ă©tait de faire fortune. Gabriel Richet eut 20 ans en 1936. La guerre d’Espagne commençait. Il allait connaĂźtre la guerre, l’occupation, la guerre de nouveau et, enfin, la reconstruction du pays. Sa famille fixĂ©e Ă  Paris depuis le milieu du 19Ăšme siĂšcle compte une lignĂ©e de trois professeurs à  la FacultĂ© de mĂ©decine de Paris qui ont, chacun, marquĂ© leur Ă©poque. Le portrait d’Alfred Richet, l’arriĂšre-grand-pĂšre, chirurgien des hĂŽpitaux, domine le grand escalier de l’École de mĂ©decine et le montre soignant les blessĂ©s du siĂšge de Paris en 1871. Le grand pĂšre, Charles Richet, physiologiste de renom, dĂ©couvrit l’anaphylaxie, fut laurĂ©at du Prix Nobel en 1913, Ă©vĂ©nement dont l’AcadĂ©mie a cĂ©lĂ©brĂ© le centenaire en prĂ©sence de son petit-fils. ÂgĂ© de 19 ans Ă  sa mort, Gabriel Richet fut profondĂ©ment influencĂ© par son grand-pĂšre qui l’orienta vers une mĂ©decine basĂ©e sur des connaissances scientifiques apportĂ©es par l’expĂ©rimentation. Son pĂšre, enfin, Charles Richet fils, mĂ©decin des hĂŽpitaux de Paris, fut dĂ©portĂ© Ă  Buchenwald par les allemands. A son retour, il Ă©tudia les consĂ©quences de la dĂ©nutrition chez ses compagnons de captivitĂ©. Du cĂŽtĂ© maternel, la famille TrĂ©lat participa Ă©galement Ă  l’histoire de notre pays. Gabriel Richet a rejoint dans son tombeau au PĂšre Lachaise Ulysse TrĂ©lat, vice-prĂ©sident de l’AssemblĂ©e constituante, puis ministre des travaux publics en 1848.

La vie de Gabriel Richet peut ĂȘtre examinĂ©e sous trois aspects : le militaire, patriote au service de son pays, le mĂ©decin et chercheur, le chef d’une Ă©cole de nĂ©phrologie.

Sa carriĂšre militaire commença en septembre 1939 lorsque dĂ©buta la deuxiĂšme guerre mondiale, quelques mois aprĂšs sa nomination Ă  l’internat des hĂŽpitaux de Paris. MĂ©decin auxiliaire, il prit part Ă  la Campagne de France. Il y montra dĂ©vouement et  courage, ce qui lui valut d’ĂȘtre citĂ© Ă  l’ordre de son rĂ©giment et d’ĂȘtre dĂ©corĂ© de la Croix de Guerre. Fait prisonnier, il fut libĂ©rĂ©, Ă©tant mĂ©decin, en application des conventions de GenĂšve, aprĂšs quelques semaines de captivitĂ© et rentra Ă  Paris occuper les fonctions d’interne. Toute sa famille participa Ă  la rĂ©sistance contre l’occupant. J’ai dĂ©jĂ  dit que son pĂšre fut dĂ©portĂ© Ă  Buchenwald ; son frĂšre, Olivier, le fut aussi Ă  Buchenwald, puis Ă  Dora et, enfin, Ă  Bergen Belsen et sa cousine, Jacqueline Richet-SouchĂšre Ă  RavensbrĂŒck. Ils racontĂšrent Ă  leur retour leurs vies dans ces camps dans un livre intitulĂ© “Les trois bagnes”.  Sa mĂšre, Marthe Richet, fut emprisonnĂ©e quelques mois Ă  Fresnes. Lui-mĂȘme s’impliqua dans des actions de rĂ©sistance. Il s’engagea dĂšs la libĂ©ration dans l’ArmĂ©e qui, sous le commandement du GĂ©nĂ©ral Leclerc libĂ©ra Strasbourg en novembre 1944. Durant tout le dĂ©but de l’annĂ©e 1945, les combats continuĂšrent autour de la poche de Colmar. Gabriel Richet y participa comme mĂ©decin du 4Ăšme commando de France. Il fut blessĂ© d’une balle Ă  la cuisse Ă  Durrenentzen, hospitalisĂ© pendant 2 mois et retourna au Commando au moment oĂč il traversait le Rhin. Il participa de nouveau aux combats jusqu’à l’armistice. Il fut citĂ© trois fois Ă  l’ordre de l’ArmĂ©e et dĂ©corĂ© de la LĂ©gion d’Honneur par le GĂ©nĂ©ral de Gaulle en avril 1945 Ă  Karlsruhe. Gabriel Richet revenait rĂ©guliĂšrement Ă  Durrenentzen aux rĂ©unions des anciens du commando. Il se considĂ©rait selon ses propres termes comme “un alsacien de passage” et restait trĂšs attachĂ© Ă  cette rĂ©gion du Haut Rhin.

La mĂ©decine resta toute sa vie la passion de Gabriel Richet. DĂšs le dĂ©part, il fut persuadĂ© qu’il fallait sortir d’une mĂ©decine purement descriptive sans aucune base physiologique, sans aucune information chiffrĂ©e, sans donnĂ©es histologiques solides, sans exploration fonctionnelle. Cela lui valut au dĂ©but de sa carriĂšre, au mieux des sourires dĂ©sabusĂ©s, souvent des critiques mĂ©chantes et l’absence de responsabilitĂ© hospitaliĂšre durant son clinicat. Heureusement, une nouvelle gĂ©nĂ©ration apparaissait, celle de la reconstruction de la mĂ©decine française qui s’inspirait largement des progrĂšs venus d’outre atlantique. Devenu en 1951 l’adjoint de Jean Hamburger Ă  l’HĂŽpital Necker, Gabriel Richet put enfin rĂ©aliser son rĂȘve d’exercer une mĂ©decine basĂ©e sur des connaissances scientifiques. Eux deux crĂ©Ăšrent  la nĂ©phrologie en France. Jusqu’à eux, la connaissance de la pathologie rĂ©nale se limitait aux notions que l’accumulation dans le sang des dĂ©chets azotĂ©s signait l’insuffisance rĂ©nale et que la rĂ©tention du chlorure de sodium Ă©tait la cause des ƓdĂšmes. Comme l’a Ă©crit Gabriel Richet, “Il y avait fort Ă  faire”. Citons quelques exemples des  dĂ©couvertes faites Ă  Necker durant la dĂ©cennie que Gabriel Richet y passa. Le pronostic lĂ©tal de l’insuffisance rĂ©nale, qu’elle soit aiguĂ« ou chronique ne dĂ©pend pas de l’urĂ©mie, mais des troubles hydroĂ©lectrolytiques qui l’accompagnent comme l’hyperkaliĂ©mie, l’acidose et l’hyponatrĂ©mie. Gabriel Richet fut le premier Ă  montrer que l’eau provenant de l’oxydation des aliments Ă©tait un dĂ©chet comme un autre s’accumulant au cours des anuries sous la forme de ce qu’il appelait l’eau endogĂšne. Avec J Hamburger et J Crosnier, il conceptualisa la notion de rĂ©animation, c’est-Ă -dire de supplĂ©ance des grandes fonctions mĂ©taboliques qu’il appliqua aux dĂ©sordres hydroĂ©lectrolytiques, mais fut vite Ă©tendue avec succĂšs Ă  d’autres disciplines. Ces recherches sont analysĂ©es dans un ouvrage “Techniques de rĂ©animation mĂ©dicale et de contrĂŽle de l’équilibre humoral” que tout nouvel interne arrivant dans le service se devait de lire aussitĂŽt. Ces Ă©tudes furent permises grĂące Ă  l’acquisition des premiers appareils de laboratoire innovants, photomĂštre Ă  flamme d’émission pour la mesure du sodium et du potassium, pHmĂštre et gazomĂštre pour la mesure du gaz carbonique. Un laboratoire  de service fut crĂ©Ă©, alors jugĂ© indispensable. Une autre dĂ©couverte prĂ©monitoire fut la mise en Ă©vidence d’une Ă©rythroblastopĂ©nie mĂ©dullaire passagĂšre dans l’insuffisance rĂ©nale aiguĂ« rĂ©versible qui lui permit de faire l’hypothĂšse ultĂ©rieurement confirmĂ©e du rĂŽle d’une hormone rĂ©nale, l’érythropoĂŻĂštine,  dans la production des hĂ©maties. Il participa Ă  la mise en route des premiĂšres mĂ©thodes de dialyse. AprĂšs l’échec de la dialyse intestinale, il passa deux mois à  Boston dans le service de John Merrill pour se familiariser avec l’usage du premier rein artificiel, l’appareil rotatif de Kolff-Brigham. De retour Ă  Paris, il fit construire le premier rein artificiel Français et crĂ©a Ă  Necker le premier centre d’hĂ©modialyse, alors rĂ©servĂ© exclusivement au traitement des insuffisances rĂ©nales aiguĂ«s. Je me souviens de l’afflux dans le service de jeunes mĂ©decins Français et Ă©trangers venus apprendre cette nouvelle technique. Une Ă©tape majeure dans la description des maladies rĂ©nales fut la biopsie rĂ©nale d’origine danoise, vite adoptĂ©e Ă  Necker. En mĂȘme temps, il introduisit l’utilisation du microscope Ă©lectronique dans l’examen de ces biopsies, ce qui aboutit aux premiĂšres descriptions, avec Paul Michielsen, des podocytes et des cellules mĂ©sangiales du glomĂ©rule. La pratique des biopsies conduisit Ă  la description des principaux types de glomĂ©rulonĂ©phrites  avec RenĂ©e Habib et Hyacinthe de Montera. La grande affaire du service restait la transplantation rĂ©nale. On savait dĂ©jĂ  que l’obstacle Ă  sa rĂ©ussite Ă©tait la barriĂšre immunologique ; d’oĂč l’espoir de l’attĂ©nuer en utilisant des transplants familiaux. L’occasion se prĂ©senta en 1952 avec la greffe d’un rein maternel chez un jeune couvreur qui avait perdu un rein unique aprĂšs un traumatisme. AprĂšs trois semaines de bon fonctionnement du greffon, survinrent le rejet et la mort du patient. Sept ans plus tard, ce fut le succĂšs lors du transplant d’un rein entre deux jumeaux hĂ©tĂ©rozygotes facilitĂ© par l’irradiation prĂ©alable du patient afin de faciliter la tolĂ©rance. Ainsi, la nĂ©phrologie Ă©tait-elle crĂ©Ă©e en France. L’ancienne SociĂ©tĂ© de pathologie rĂ©nale devenait SociĂ©tĂ© de NĂ©phrologie en 1959. Ce changement de nom signifiait que la physiologie, l’anatomie pathologique, l’immunologie, la biologie cellulaire y avaient leurs places Ă  l’égal de la clinique. Gabriel Richet en fut le prĂ©sident pendant deux ans. Il  participait Ă©galement  aux activitĂ©s du club des treize qui rĂ©unissait plusieurs services parisiens de disciplines diverses dont les responsables Ă©taient tous soucieux de promouvoir une mĂ©decine scientifique.

L’annĂ©e 1961 fut celle de l’indĂ©pendance et de nouvelles responsabilitĂ©s. Gabriel Richet voulait crĂ©er sa propre Ă©cole et former  ses propres Ă©lĂšves. Il prit un service de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale Ă  l’hĂŽpital Tenon qu’il transforma en service de nĂ©phrologie. Ce ne fut pas facile. L’hĂŽpital Ă©tait dans un Ă©tat de dĂ©crĂ©pitude depuis de nombreuses annĂ©es ; l’équipement de base manquait cruellement, les services environnants se limitaient Ă  la pratique clinique, les facilitĂ©s de recherche Ă©taient nulles et l’équipe mĂ©dicale se bornait au seul assistant que j’étais. Le programme rĂ©alisĂ© en 4 ans fut de crĂ©er un laboratoire de recherche avec 2 secteurs, la physiologie et l’anatomie pathologique rĂ©nale, de faire bĂątir un nouveau service, d’organiser l’enseignement de la nĂ©phrologie et de recruter des Ă©lĂšves. Les deux premiers furent  Claude Amiel qui, avec moi, installa un laboratoire de physiologie et mena Ă  bien un programme de recherches fait au dĂ©but uniquement d’investigation clinique, et Liliane Morel-Maroger qui se rĂ©vĂ©la ĂȘtre une brillante anatomopathologiste active et pleine d’imagination. Les premiers travaux de physiologie furent consacrĂ©s Ă  l’excrĂ©tion rĂ©nale des ions H+, ses relations avec la calcĂ©mie et la production de ces ions H+ au cours du mĂ©tabolisme des aliments. D’autres portĂšrent sur les effets rĂ©naux de la calcitonine et les mĂ©canismes de l’excrĂ©tion urinaire de l’acide urique.

Le service connut son plein dĂ©veloppement Ă  partir de 1966 avec la disponibilitĂ© de nouveaux locaux de recherche et de soins et la crĂ©ation de l’UnitĂ© INSERM 64 dont l’intitulĂ© “NĂ©phrologie normale et pathologique” annonçait un vaste champ de recherches. De mĂȘme, Gabriel Richet, lorsqu’il fut Ă©lu professeur titulaire de chaire en 1967,  donna Ă  sa chaire le nom de “Chaire de nĂ©phrologie clinique et expĂ©rimentale” voulant dire par-lĂ  que ces deux aspects de la nĂ©phrologie Ă©taient complĂ©mentaires et que le premier reposait sur le second. De  nombreux nĂ©phrologues furent formĂ©s Ă  Tenon. Les uns restĂšrent Ă  Paris comme Jean-Daniel Sraer, Françoise Mignon, Alain Meyrier, Jean-Philippe MĂ©ry, Pierre Ronco, Eric Rondeau et Michel Paillard, tous plus tard professeurs de nĂ©phrologie ou de physiologie et chefs de  service Ă  l’Assistance Publique-HĂŽpitaux de Paris. D’autres comme Jean-Paul Fillastre et Claude Leroux-Robert crĂ©Ăšrent des services de nĂ©phrologie, respectivement Ă  Rouen et Ă  Limoges. D’autres enfin restĂšrent en Ile-de-France comme Olivier Kourilsky, Alain Kanfer et Michel Beaufils. Quelques-uns firent carriĂšre Ă  l’INSERM comme Pierre Verroust et RenĂ© Alexandre Podevin. Liliane More-Maroger, devenue Liliane Striker, quitta la France et poursuivit une brillante carriĂšre aux États-Unis. Il en fut de mĂȘme pour Claude LechĂȘne qui devint professeur Ă  Harvard. Le Service d’Explorations fonctionnelles que je crĂ©ais à Tenon travaillait en Ă©troite liaison avec le Service de NĂ©phrologie. Plusieurs de mes collaborateurs  que ce soit Ă  l’HĂŽpital ou dans l’équipe que  je dirigeais Ă  l’UnitĂ© INSERM furent aussi des Ă©lĂšves de Gabriel Richet comme Laurent Baud, Françoise Paillard, JosĂ©e Sraer et mon Ă©pouse, Nicole Ardaillou. Gabriel Richet laissait Ă  ses Ă©lĂšves toute libertĂ© pour dĂ©finir et conduire leurs propres programmes de recherche. Il  administra l’UnitĂ© de recherches jusqu’à sa retraite en 1985. Auparavant, il avait rĂ©ussi Ă  Ă©tendre ses locaux dans un bĂątiment construit par l’INSERM contigu de ceux dĂ©pendant de l’HĂŽpital et de l’UniversitĂ©. On doit remarquer que Gabriel Richet voulut toujours garder son propre programme de recherches indĂ©pendant  de celui de ses Ă©lĂšves. En plus de nombreux articles cliniques sur des maladies rĂ©nales, il s’intĂ©ressa essentiellement Ă  deux sujets, les cellules du tube collecteur et la protĂ©ine de Tamm-Horsfall. Il Ă©tait aidĂ© dans son travail par Jacqueline HagĂšge, professeur agrĂ©gĂ©e de sciences naturelles dans un lycĂ©e de Paris qui occupait son temps libre au laboratoire. Eux deux, dans les annĂ©es 1968-1970, Ă©tudiĂšrent les modifications apportĂ©es aux cellules du tube distal et du tube collecteur du rat en alcalose ou acidose mĂ©tabolique en utilisant les techniques histologiques classiques couplĂ©es Ă  la microscopie de balayage. Ils analysĂšrent les caractĂšres morphologiques qui opposent les cellules claires ou principales aux cellules sombres ou intercalaires, moins nombreuses que les prĂ©cĂ©dentes. Ils montrĂšrent surtout qu’une surcharge en bicarbonates ou une acidose gazeuse augmentaient passagĂšrement durant la pĂ©riode expĂ©rimentale le nombre des cellules sombres  et en conclurent que ces cellules jouaient un rĂŽle dans le transport  des bicarbonates. Ce type de modification Ă©tait absent durant une acidose mĂ©tabolique prouvant ainsi que des cellules diffĂ©rentes assuraient la sĂ©crĂ©tion des ions H+. Ces travaux furent les premiers Ă  introduire la distinction actuelle entre cellules intercalaires de type A et B, les premiĂšres intervenant dans la sĂ©crĂ©tion des ions H+ et les secondes dans celle des bicarbonates. Gabriel Richet s’est Ă©galement intĂ©ressĂ© Ă  la protĂ©ine de Tamm Horsfall ou uromoduline. Utilisant des anticorps monoclonaux obtenus dans le laboratoire, il Ă©tudia ses propriĂ©tĂ©s et sa distribution dans diverses nĂ©phropathies.

Gabriel Richet s’est toujours passionnĂ© pour l’enseignement. Dans le service, il Ă©tait constamment disponible pour rĂ©pondre aux demandes des Ă©tudiants et passaient beaucoup de temps Ă  critiquer et corriger les observations. Il stimulait ses internes en les poussant Ă  s’investir au laboratoire dans des travaux de recherche, ce qui leur apprenait comment concevoir des protocoles, les appliquer, traiter et  interprĂ©ter les rĂ©sultats. Il tenait beaucoup à Ă©veiller le goĂ»t de la recherche chez ses Ă©lĂšves, en faisant un Ă©lĂ©ment essentiel de leur stimulation intellectuelle. Comme beaucoup d’enseignants, il jugeait nĂ©faste le concours d’entrĂ©e aux Ă©tudes mĂ©dicales en fin de premiĂšre annĂ©e lui prĂ©fĂ©rant une sĂ©lection Ă  la fin des Ă©tudes secondaires. Aux contributions scientifiques spĂ©cialisĂ©es qu’il Ă©crivit, s’ajoutent de nombreux ouvrages didactiques sur l’équilibre hydroĂ©lectrolytique, la nĂ©phrologie et la sĂ©miologie rĂ©nale, tous abordant la clinique par des donnĂ©es physiopathologiques. RĂ©Ă©ditĂ©s, ces livres ont nourri des gĂ©nĂ©rations d’étudiants.

Tenon devint rapidement un centre de nĂ©phrologie de rĂ©putation internationale. De nombreux mĂ©decins Ă©trangers y effectuaient des stages  ou y passaient des annĂ©es sabbatiques comme professeurs associĂ©s Ă  la FacultĂ© ou boursiers de l’INSERM. Je ne peux pas les citer tous ici, mais seulement quelques-uns : Detlef Schlondorff, membre de notre acadĂ©mie, professeur de nĂ©phrologie Ă  Munich, alors chercheur au Mount Sinai Hospital de New York, Gary Striker, futur directeur de dĂ©partement au National Institute of Health, Morris Schambelan, endocrinologue Ă  San Francisco, Stanislas Czekalski, professeur de nĂ©phrologie Ă  Sczcecin en Pologne, Vadislav Stefanovic, professeur de nĂ©phrologie Ă  Nis en Serbie, Hedi Ben MaĂŻz, professeur de nĂ©phrologie Ă  Tunis et, Ă©galement, membre de notre AcadĂ©mie, Jean-Pierre Cosyns, anatomopathologiste belge, Kiyoshi  Kurokawa, professeur de nĂ©phrologie Ă  Tokyo, Judith Withworth, professeur de nĂ©phrologie Ă  Melbourne. Gabriel Richet avait organisĂ© Ă  Evian en 1960 le premier CongrĂšs mondial de NĂ©phrologie dont il fut le secrĂ©taire au cĂŽtĂ© de Jean Hamburger et avait  participĂ© Ă  la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© Internationale de NĂ©phrologie (ISN) qu’il prĂ©sida de 1981 Ă  1984. Il fut rĂ©dacteur en chef de NĂ©phron, le premier journal de la SociĂ©tĂ©. Des liens particuliers furent tissĂ©s avec le Service de NĂ©phrologie de l’UniversitĂ© Rui Jin de Shanghai. Son responsable, Dong Dechang, envoya Ă  Tenon de nombreux Ă©lĂšves dont Nan Chen qui lui a succĂ©dĂ© et passa 5 ans Ă  Tenon, est membre  de notre AcadĂ©mie.

Gabriel Richet fut Ă©lu Ă  l’AcadĂ©mie en 1980. Il y joua un rĂŽle actif et fut membre de son Conseil d’administration. Il participait aux travaux portant sur l’hĂŽpital et l’enseignement de la mĂ©decine. En outre, il conduisait des travaux en histoire de la mĂ©decine et, principalement de la nĂ©phrologie. Citons son travail sur pierre Rayer qu’il considĂ©rait comme le premier nĂ©phrologue Français et celui sur le Rapport de Georges Cuvier sur les ProgrĂšs des sciences naturelles en France Ă©crit en 1810 Ă  la demande de l’Empereur. Par les dons qu’il fit Ă  l’AcadĂ©mie, il permit la crĂ©ation du Fonds Charles Richet dans notre bibliothĂšque. Il accepta Ă©galement d’exercer d’autres responsabilitĂ©s comme sa participation au ComitĂ© national d’évaluation des universitĂ©s Ă  la demande de RenĂ© Mornex qui en assura la prĂ©sidence. La carriĂšre de Gabriel Richet fut reconnue  exceptionnelle par les autoritĂ©s publiques de notre pays. DĂ©jĂ  grand officier de l’Ordre national du mĂ©rite, il fut promu grand officier de l’ordre national de la LĂ©gion d’Honneur en 2012. A sa retraite, Gabriel Richet laissa un hĂ©ritage impressionnant : deux services de nĂ©phrologie et une unitĂ© Inserm. Il fit plus que crĂ©er un centre de nĂ©phrologie Ă  cĂŽtĂ© de celui de Necker. Il transforma l’HĂŽpital, par son exemple, en en faisant un vĂ©ritable centre hospitalo-universitaire.

Quelle fut la personnalitĂ© de Gabriel Richet ? Il se dĂ©crit dans la derniĂšre leçon qu’il donna Ă  Tenon en octobre 1985 comme un “angoissĂ© intellectuel”. Il voulait dire par lĂ  que dĂšs le dĂ©but de sa carriĂšre mĂ©dicale, il ne voulait pas se satisfaire d’une mĂ©decine purement descriptive, mais qu’il Ă©tait angoissĂ© par la soif de comprendre. Deux autres de ses qualitĂ©s dĂ©coulent directement de cette angoisse intellectuelle : l’ardeur au travail et l’ouverture aux autres. En effet, pour comprendre, il faut travailler et, pour apprendre, on a besoin des compĂ©tences et de l’aide des autres. Gabriel Richet travaillait beaucoup, lisait avec soin les principaux journaux de nĂ©phrologie et d’investigation clinique et voulait connaĂźtre tout ce qui se faisait dans son service et son laboratoire en matiĂšre de recherche. Il Ă©tait trĂšs accueillant. Sa premiĂšre pensĂ©e quand il rencontrait un chercheur pour la premiĂšre fois Ă©tait “Quelles idĂ©es nouvelles peut-il me donner ? Que peut-il m’apprendre ?”. Il s’enthousiasmait facilement et cherchait Ă  orienter ses Ă©lĂšves vers de nouvelles directions. Il fallait souvent tempĂ©rer cet enthousiasme, mais comme il est Ă©crit dans la parabole du semeur rapportĂ©e par Saint Matthieu, si beaucoup de graines meurent, il en est une, tombĂ©e dans la bonne terre, qui va germer et assurer la rĂ©colte.  Lorsqu’il recrutait un futur interne, les deux qualitĂ©s auxquelles il Ă©tait le plus sensible Ă©taient l’imagination et le goĂ»t du travail. Il cherchait ainsi chez les autres ce qu’il portait en lui. Il ne supportait pas ceux qui ne respectaient pas leur contrat implicite, c’est-Ă -dire qui oubliaient l’aide apportĂ©e dans leur Ă©ducation et leur carriĂšre  lorsqu’ils auraient dû s’engager pour dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts du service et des autres mĂ©decins et chercheurs qui y travaillaient. La fidĂ©litĂ© Ă©tait pour lui une qualitĂ© Ă  laquelle il Ă©tait trĂšs attachĂ©. Gabriel Richet Ă©tait un homme gĂ©nĂ©reux. Il manifestait un intĂ©rĂȘt non feint pour la vie de ses Ă©lĂšves, Ă©tait fier de leurs rĂ©ussites et triste de leurs Ă©checs.

Dans le dialogue Ă©ternel, si bien dĂ©crit par MoliĂšre entre Alceste qui dit “Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre, le fond de notre cƓur, dans nos discours se montre” et Philinte qui rĂ©pond “Je prends tout doucement les hommes comme ils sont” et plus loin “le monde par vos soins ne se changera pas”, Gabriel Richet Ă©tait rĂ©solument du cĂŽtĂ© du premier. Il l’a montrĂ© par son patriotisme, l’Ɠuvre accomplie Ă  Necker dans la construction d’une mĂ©decine scientifique et la crĂ©ation de la nĂ©phrologie et, plus tard Ă  Tenon oĂč il fit preuve de ses qualitĂ©s de bĂątisseur et  de chef d’École. MĂȘme si chaque gĂ©nĂ©ration doit faire face Ă  ses propres problĂšmes, il restera  pour nous un exemple, peut ĂȘtre difficile Ă  toujours  suivre, mais auquel nous essaierons de nous rĂ©fĂ©rer.