Qu’est ce qu’une maladie rĂ©nale chronique ?

La maladie rĂ©nale chronique (MRC) est frĂ©quente et longtemps silencieuse. Le dĂ©pistage ciblĂ© de la MRC dans les populations Ă  risque a pour but d’éviter ou de retarder le passage au stade terminal de l’insuffisance rĂ©nale nĂ©cessitant un traitement de supplĂ©ance (dialyse ou greffe rĂ©nale), et de rĂ©duire les complications associĂ©es, principalement cardiovasculaires. Sa progression peut ĂȘtre ralentie par un traitement rĂ©alisable dans le cadre de la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale.

Les marqueurs d’atteinte rĂ©nale peuvent ĂȘtre des anomalies morphologiques que l’on peut voir Ă  l’échographie par exemple, histologiques visibles sur la biopsie rĂ©nale ou biologiques (protĂ©inurie clinique, microalbuminurie, hĂ©maturie, leucocyturie). La protĂ©inurie clinique peut ĂȘtre dĂ©finie par une protĂ©inurie des 24 heures supĂ©rieure Ă  0,5 g. Actuellement, une microalbuminurie est considĂ©rĂ©e comme un marqueur de risque de maladie rĂ©nale chronique chez le diabĂ©tique de type 1 ou de type 2 et comme un marqueur indĂ©pendant de risque cardiovasculaire chez l’hypertendu.

Le dĂ©bit de filtration glomĂ©rulaire (DFG) est estimĂ©e, en pratique de ville, par une Ă©quation reposant sur le dosage de la crĂ©atinine sanguine. DiffĂ©rentes formules ont Ă©tĂ© proposĂ©es pour estimer le DFG : formule de Cockcroft-Gault et Ă©quation de l’étude MDRD. La SociĂ©tĂ© de NĂ©phrologie a recommandĂ© en 2009 d’abandonner la formule de Cockcroft-Gault et d’utiliser l’équation de l’étude MDRD plus exact chez la personne ĂągĂ©e.

La MRC est dĂ©finie, indĂ©pendamment de sa cause, par la persistance au-delĂ  de 3 mois de marqueurs d’atteinte rĂ©nale ou d’une baisse du DFG estimĂ© au-dessous de 60 ml/min/1,73 m2.

Les Ă©tudes Ă©pidĂ©miologiques disponibles en population gĂ©nĂ©rale Ă©valuent Ă  10 % la prĂ©valence des adultes ayant une protĂ©inurie supĂ©rieure Ă  0,5 g/l ou un DFG estimĂ© infĂ©rieur Ă  60 ml/min/1,73 m2. Le nombre de personnes ayant une maladie rĂ©nale chronique en France est donc ĂȘtre estimĂ© aux environs de 6 millions.

Le risque d’évolution vers le stade terminal nĂ©cessitant la dialyse ou une greffe rĂ©nale est faible dans l’absolu, la prĂ©valence de l’insuffisance rĂ©nale chronique terminale (IRCT) Ă©tant de l’ordre de 1 pour 1000. Chaque annĂ©e en France, environ 11 000 personnes dĂ©butent un traitement de supplĂ©ance. En 2020, prĂšs de 90 000 personnes sont ainsi traitĂ©es, dont 55 % par dialyse et 45 % par greffe rĂ©nale. Ce nombre augmente de 4 % par an. L’hypertension artĂ©rielle et le diabĂšte sont responsables Ă  eux seuls de prĂšs d’un cas sur deux.

Comment dépister une maladie rénale ?

Test par une bandelette urinaire : C’est la prĂ©sence d’albumine (protĂ©inurie) ou de traces de sang dans les urines (hĂ©maturie) qui signe la maladie rĂ©nale.

Prise de sang : Une simple prise de sang permet le dosage de la crĂ©atinine et du taux d’urĂ©e dans le sang. Ces substances, normalement Ă©liminĂ©es par les reins, s’accumulent dans le sang lorsque leur fonctionnement est dĂ©fectueux.

Mesure rĂ©guliĂšre de la pression artĂ©rielle : Une hypertension artĂ©rielle peut rĂ©vĂ©ler une atteinte rĂ©nale ; elle peut aussi accĂ©lĂ©rer l’Ă©volution d’une maladie du rein sous-jacente, d’ou la nĂ©cessitĂ© de la dĂ©pister et de la traiter prĂ©cocement.

Biopsie rĂ©nale : Cet examen est frĂ©quemment pratiquĂ© en cas de maladie rĂ©nale, afin d’en prĂ©ciser la nature et Ă©valuer l’Ă©volution potentielle des lĂ©sions rĂ©nales. Deux petits fragments du rein sont prĂ©levĂ©s et analysĂ©s au microscope, ce qui permet un diagnostic affinĂ©.

Notre responsable de la communication scientifique de la Fondation du Rein, le Dr. Isabelle Tostivint,  explique Ă  Adriana et Michel CymĂšs le rĂŽle des reins et l’importance d’une dĂ©tection prĂ©coce des maladies rĂ©nales ! La JournĂ©e Mondiale du Rein de chaque deuxiĂšme jeudi de mars sert Ă  faire prendre conscience au grand public de l’importance de prĂ©server la santĂ© rĂ©nale, de prĂ©venir les maladies rĂ©nales, de les dĂ©tecter prĂ©cocement pour les soigner efficacement !

Qu’est ce que l’insuffisance rĂ©nale chronique ?

L’insuffisance rĂ©nale chronique est la consĂ©quence de l’évolution des maladies rĂ©nales. Lorsque les deux reins ne fonctionnent plus correctement, notre organisme est petit Ă  petit empoisonnĂ© par les dĂ©chets qui ne sont plus Ă©liminĂ©s.

L’insuffisance rĂ©nale est dite chronique lorsque cette perte de fonction est progressive, et que les lĂ©sions prĂ©sentes dans les reins ont un caractĂšre irrĂ©versible. Dans bien des cas, elle progresse graduellement, sur un grand nombre d’annĂ©es.

Les personnes touchĂ©es peuvent rester en bonne santĂ© apparente avec des reins fonctionnant de 10 Ă  20 % de leur capacitĂ© normale. Ce n’est qu’à un stade trĂšs avancĂ© que l’insuffisance rĂ©nale provoque certains symptĂŽmes.

Selon la classification américaine, il existe 5 stades de la maladie rénale chronique (DFG estimé par la formule MDRD) :

‱ Stade 1 : Maladie rĂ©nale chronique et marqueurs d’atteinte rĂ©nale DFG ≄ 90 ml/mn
‱ Stade 2 : Insuffisance rĂ©nale chronique minime DFG entre 89 et 60 ml/mn
‱ Stade 3 : Insuffisance rĂ©nale chronique modĂ©rĂ©e DFG entre 59 et 30 ml/mn
‱ Stade 4 : Insuffisance rĂ©nale chronique sĂ©vĂšre DFG entre 29 et 15 ml/mn
‱ Stade 5 : Insuffisance rĂ©nale chronique terminale DFG < 15 ml/mn

La video ci-dessous montre la nĂ©cessitĂ© d’un parfait tandem entre le mĂ©decin nĂ©phrologue et le patient pour mieux apprĂ©hender la maladie et ses traitements (vidĂ©o rĂ©alisĂ©e par Jean-Paul Penegry et le Dr Franck Martinez pour l’association Renaloo.com.

La maladie rĂ©nale chez l’adulte en quelques chiffres

Les études épidémiologiques disponibles en population générale évaluent à plus de 10 % la prévalence des adultes ayant une protéinurie supérieure à 0,5 g/l ou un débit de filtration glomérulaire (DFG) inférieur à 60 ml/min/1,73 m2.

Le risque d’évolution vers le stade terminal nĂ©cessitant la dialyse ou une greffe rĂ©nale est faible dans l’absolu, la prĂ©valence de la maladie Ă  ce stade Ă©tant de l’ordre de 1 pour 1000, ce qui reprĂ©sente prĂšs de 90 000 personnes en France en 2020. Ce risque est d’autant plus Ă©levĂ© que le dĂ©bit de filtration glomĂ©rulaire est bas et l’albuminurie (ou la protĂ©inurie) Ă©levĂ©e.

Un certain nombre de personnes ont une probabilitĂ© importante d’avoir une atteinte rĂ©nale et doivent donc ĂȘtre l’objet d’un dĂ©pistage systĂ©matique. Le dĂ©pistage doit porter sur les deux indicateurs que sont le DFG estimĂ© et le rapport albuminurie/crĂ©atininurie afin d’identifier les stades prĂ©coces de la MRC.

La répartition des maladies rénales en France en termes de prévalence est approximativement la suivante :

  • maladies glomĂ©rulaires : 30 %, dont 10 % sont sont une complication d’un diabĂšte
  • nĂ©phropathies interstitielles : 25 %
  • nĂ©phropathies vasculaires : 20 %
  • nĂ©phropathies d’origine gĂ©nĂ©tique : 15 %, dont 10 % pour la polykystose
  • causes indĂ©terminĂ©es : 10 %

Principales causes des maladies rénales en France

Les néphropathies glomérulaires

  • Les glomĂ©rulonĂ©phrites primitives

Ces nĂ©phropathies sont les plus frĂ©quentes. Le terme primitif signifie que l’on n’en connaĂźt pas la cause avec certitude. De dĂ©but souvent insidieux, la maladie rĂ©nale n’est dĂ©couverte qu’Ă  l’occasion d’un examen fortuit des urines qui rĂ©vĂšle la prĂ©sence de protĂ©ines (“albuminurie”) et de globules rouges (“hĂ©maturie microscopique”). La pratique alors d’une ponction-biopsie rĂ©nale permet d’examiner un trĂšs petit fragment de tissu rĂ©nal au microscope, et d’identifier ainsi la maladie :

  • Les maladies glomĂ©rulaires liĂ©es Ă  des maladies gĂ©nĂ©rales

La cause la plus frĂ©quente en est le diabĂšte sucrĂ©. Nombre de patients diabĂ©tiques dĂ©veloppent une atteinte rĂ©nale, dĂ©nommĂ©e “glomĂ©rulosclĂ©rose” diabĂ©tique, aprĂšs plusieurs annĂ©es d’Ă©volution de leur maladie. D’autres maladies gĂ©nĂ©rales plus rares sont pour certaines d’origine immunologique, comme le lupus systĂ©mique ou les vascularites nĂ©crosantes. L’amylose en est une autre cause ; elle est caractĂ©risĂ©e par la prĂ©sence de dĂ©pĂŽts de protĂ©ines insolubles dans les tissus. Il s’agit de fragments de protĂ©ines de prĂ©curseur sĂ©rique, appelĂ© substance amyloĂŻde.

Les néphropathies interstitielles

Ces nĂ©phropathies rĂ©sultent d’une atteinte prĂ©dominante du tissu interstitiel qui constitue la trame de soutien entre les nĂ©phrons (unitĂ©s fonctionnelles des reins). Elles peuvent ĂȘtre la consĂ©quence d’infections urinaires hautes Ă  rĂ©pĂ©titions (pyĂ©lonĂ©phrites). Les infections urinaires basses (cystites) sont frĂ©quentes chez la femme, et sont gĂ©nĂ©ralement sans gravitĂ©, car elles restent localisĂ©es Ă  la vessie. Mais si l’infection survient sur des voies urinaires oĂč l’urine s’écoule mal, les bactĂ©ries qui se multiplient facilement peuvent remonter dans les reins et provoquer une “pyĂ©lonĂ©phrite”. L’obstacle Ă  l’Ă©coulement des urines peut ĂȘtre anatomique (calcul, hypertrophie de la prostate, rĂ©trĂ©cissement inflammatoire ou cancĂ©reux d’un uretĂšre), ou ĂȘtre fonctionnel liĂ© Ă  une malformation de la jonction vĂ©sico-urĂ©tĂ©rale, comme le reflux vĂ©sico-urĂ©tĂ©ral frĂ©quent chez l’enfant. L’Ă©volution vers l’insuffisance rĂ©nale chronique est trĂšs lente, et prend des dizaines d’annĂ©es. Il est donc nĂ©cessaire de soigner efficacement toute infection urinaire et d’en rechercher la cause. La correction chirurgical prĂ©coce de l’obstacle qu’il soit acquis ou congĂ©nital permet de prĂ©server le rein.

Les néphropathies vasculaires

  • L’hypertension artĂ©rielle

C’est une maladie frĂ©quente, qui touche prĂšs de 10 % de la population, qui est parfois la consĂ©quence d’une maladie rĂ©nale. Mais dans 90 % des cas, elle survient sans cause prĂ©cise et elle est dite “essentielle”, et son mauvais contrĂŽle pendant des dizaines d’annĂ©es peut lĂ©ser la paroi des vaisseaux, notamment ceux des reins, du cƓur et du cerveau, et ĂȘtre Ă  l’origine d’une nĂ©phropathie vasculaire et d’une insuffisance rĂ©nale chronique.

  • La stĂ©nose des artĂšres rĂ©nales

Le rĂ©trĂ©cissement d’une grosse artĂšre rĂ©nale peut ĂȘtre congĂ©nital ou acquis. Le plus souvent, il s’agit d’une atteinte des petits vaisseaux du rein par des plaques d’athĂ©rome Ă  l’origine d’une mauvaise perfusion des reins et d’une hypertension artĂ©rielle. Cette Ă©lĂ©vation de la pression artĂ©rielle peut provoquer une insuffisance rĂ©nale, qui peut ĂȘtre aggravĂ©e par un embole de cholestĂ©rol qui se dĂ©tache de la paroi.

  • Les maladies malformatives et gĂ©nĂ©tiques

Les reins et les voies urinaires peuvent ĂȘtre le siĂšge de malformations, dont certaines peuvent ĂȘtre hĂ©rĂ©ditaires. La polykystose rĂ©nale en est la plus frĂ©quente. D’autres maladies gĂ©nĂ©tiques sont rares comme le syndrome d’Alport ou la maladie de Fabry.

Facteurs de risque

  • DiabĂšte sucrĂ©
  • Hypertension artĂ©rielle
  • ObĂ©sitĂ© supĂ©rieure Ă  30 kg/m2
  • Maladie cardiovasculaire
  • Personnes ĂągĂ©es de plus de 60 ans
  • AntĂ©cĂ©dents familiaux d’insuffisance rĂ©nale chronique
  • Uropathies obstructives
  • Maladies de systĂšme
  • MĂ©dicaments nĂ©phrotoxiques
  • Bas poids de naissance de moins de 2,5 kg
  • Épisodes d’insuffisance rĂ©nale aiguĂ«

Il est possible de prĂ©venir ou de ralentir l’Ă©volution de l’insuffisance rĂ©nale en respectant une sĂ©rie de mesures, comme pratiquer une activitĂ© physique rĂ©guliĂšrement, surveiller son poids ou limiter sa consommation de sel. La vidĂ©o ci-dessous vous donne quelques conseils dans ce sens.

La maladie rĂ©nale chronique chez l’enfant

La maladie rĂ©nale chronique est dominĂ©e chez l’enfant par le syndrome nĂ©phrotique idiopathique et les anomalies du dĂ©veloppement des reins et des voies urinaires dont les formes les plus sĂ©vĂšres sont associĂ©es aux valves de l’urĂštre postĂ©rieur. La nĂ©phropathie Ă  IgA (maladie de Berger) et les maladies gĂ©nĂ©tiques monogĂ©niques atteignent 4 Ă  5 fois moins de patients. Les maladies gĂ©nĂ©tiques les plus frĂ©quentes sont les ciliopathies au premier rang desquelles la polykystose autosomique dominante, le syndrome reins kystiques-diabĂšte, le syndrome d’Alport et les syndromes hĂ©molytiques et urĂ©miques atypiques. Les malades sont rĂ©partis dans les cinq stades de la maladie rĂ©nale chronique, mais l’incidence de l’insuffisance rĂ©nale terminale avant l’ñge de 20 ans est trĂšs faible, lĂ©gĂšrement infĂ©rieure Ă  100 malades par an.

Les malades sont pris en charge dans une filiĂšre unique : chaque unitĂ© de nĂ©phrologie pĂ©diatrique propose un suivi complet de la surveillance et du traitement protecteur de la maladie rĂ©nale chronique jusqu’à l’épuration extrarĂ©nale et la transplantation d’organe. Enfin, les malades et leur famille sont systĂ©matiquement entourĂ©s et assistĂ©s par une structure psycho-sociale trĂšs organisĂ©e.

Les principales difficultĂ©s actuelles tiennent paradoxalement au nombre restreint des malades qui suscite le dĂ©sintĂ©rĂȘt du monde industriel pour les prĂ©parations galĂ©niques pĂ©diatriques et la miniaturisation des matĂ©riels nĂ©cessaires Ă  l’épuration extrarĂ©nale et expose au risque bien rĂ©el posĂ© par l’appauvrissement des Ă©quipes en personnel mĂ©dical et les difficultĂ©s du remplacement gĂ©nĂ©rationnel.

La maladie rĂ©nale chronique chez l’enfant a Ă©tĂ© le thĂšme retenu par la Fondation du Rein pour le colloque de la JournĂ©e Mondiale du Rein de 2013 et celui de la JournĂ©e Mondiale de 2016 (Pr. Georges DeschĂȘnes).